Trump, l’instrumentaliste en chef

par Sébastien Lévi |  publié le 28/11/2025

Mercredi 26 novembre, un Afghan vivant aux États-Unis depuis 2021 a tiré sur deux soldats de la garde nationale à Washington. L’un d’eux a succombé à ses blessures. Un drame que Trump s’est empressé de récupérer à des fins politiques.

Le directeur du FBI, Kash Patel, devant les photos des deux soldats de la Garde nationale de Virginie-Occidentale blessés par balle près de la Maison-Blanche, ainsi que celle du suspect, le 27 novembre 2025. La femme décèdera quelques heures après. (Photo Andrew Leyden / Getty Images via AFP)

Dans le cadre du retrait américain d’Afghanistan en 2021, des réfugiés ont été admis aux États-Unis, le plus souvent pour services rendus à l’armée américaine. C’est dans ce cadre que le tireur de Washington, ayant servi dix mois dans l’armée afghane aux côtés de l’armée américaine, est arrivé aux États-Unis avec sa femme et ses cinq enfants.

Cela n’a pas empêché Trump de se saisir de ce drame pour laisser libre cours à son tropisme anti-immigration et xénophobe. Au lieu d’exprimer la douleur de la nation et sa compassion envers la famille des soldats, il a profité d’un post sur X (ex-Twitter) à l’occasion de Thanksgiving, la fête la plus populaire auprès des Américains, pour se lancer dans une diatribe particulièrement agressive.

Après avoir une nouvelle fois réglé ses comptes avec Biden, thème récurrent de son courroux et de sa rage, Trump s’est concentré un sujet qu’il affectionne particulièrement lorsqu’il est en difficulté : l’immigration, et pas uniquement l’immigration illégale. Il accuse des résidents permanents (dont le statut ouvre la voie à la citoyenneté après 5 ans) de recevoir 50 000 dollars en prestations sociales (ce qui est factuellement faux), menace de dénaturaliser des citoyens américains qui troublent l’ordre public, annonce stopper l’immigration issue de « tout pays du tiers-monde » et menace d’expulser chaque immigré « incompatible avec la civilisation occidentale ». Plus globalement, il estime que le « fardeau des réfugiés est la cause majeure des dysfonctionnements de la société ».

Sa diatribe, qui contient d’autres avertissements et accusations, n’a rien à voir avec la lutte contre l’immigration clandestine, dont même des démocrates reconnaissent la nécessité après un certain déni de Biden sur le sujet, qui leur aura été fatal électoralement.

En échec sur l’économie, impopulaire, en position de faiblesse par rapport à la Russie et la Chine, Trump estime qu’il peut se « refaire » sur la frange nativiste et raciste d’« America First », la matrice du mouvement MAGA. Au même moment, il a d’ailleurs annoncé ne pas inviter l’Afrique du Sud au prochain sommet du G20 qui se tiendra aux États-Unis, en invoquant un « génocide » supposé contre les blancs de ce pays.

Ces menaces sont majoritairement inapplicables ou anticonstitutionnelles, mais comme souvent avec Trump, les mots comptent plus que les actes. Ils instillent un climat de peur et de mise en danger des personnes mises en cause, ici des millions d’immigrés, et de citoyens, récemment naturalisés ou pas, suspectés de ne pas « aimer le pays ». Dans un pays polarisé et surarmé, notamment chez ses partisans, ce tweet de Thanksgiving illustre une nouvelle fois l’irresponsabilité décomplexée du président américain.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis