Le soudard de la Maison-Blanche
Lors du dernier conseil des ministres, qui sous Trump s’apparente à un exercice de génuflexion collective, le président américain a alterné somnolence et racisme, excellant simultanément dans ses deux registres de prédilection : le grotesque et le scandaleux.
La scène avait tout d’un mauvais péplum. Au fil des louanges que lui dressait le Secrétaire d’État Marco Rubio, jadis sénateur respectable aujourd’hui devenu un serviteur zélé, Trump dodelinait de la tête les yeux fermés, comme bercé par ces dithyrambes. Lors du même conseil des ministres, la ministre de l’Intérieur, en charge de la gestion des catastrophes naturelles, a salué le plus sérieusement du monde une saison des ouragans très calme cette année grâce à l’action de Trump. Sans doute reposé et enhardi par autant d’éloges, Trump s’est lancé dans une diatribe raciste d’une violence inouïe, sans provoquer la moindre réaction dans la pièce. Avec une rage à peine contenue, il a ainsi lancé qu’il ne « voulait pas des Somaliens dans le pays », qui sont « improductifs » et venant d’un pays qui « est nul » et qui « pue », leur ordonnant d’arrêter de se plaindre et « rentrer dans leur pays » pour le réparer. Fier de son effet, a ajouté avoir conscience que ce propos ne serait pas politiquement correct mais qu’il s’en fichait, sous les applaudissements de ses ministres…
Cette séquence dit tout de l’aspect anormal, immoral et même scandaleux de sa présidence. Elle dit l’abdication des ministres, la lâcheté du parti républicain, et l’apathie générale d’un pays qui subit en silence les éruptions d’un homme qui tient plus du soudard que d’un président des États-Unis. C’est ce soudard qui traitait tout récemment une journaliste de « truie » et une autre d’« imbécile », avec une cruauté régalant sa base qui peut ainsi se consoler des échecs de Trump sur l’économie ou le coût de la vie. C’est encore lui, acariâtre, qui traite le gouverneur du Minnesota d’ « attardé » ou qui ironise sur le cancer de son prédécesseur Joe Biden. La fenêtre d’Overton est tellement ouverte que les courants d’air géants laissent désormais passer un vent fétide à la Maison-Blanche et dans tout le pays, sous les applaudissements de la base MAGA qui en redemande.
L’institut de la paix de Washington vient dans le même temps d’être rebaptisé « Institut de la paix Donald Trump ». L’occasion pour Marco Rubio de se surpasser en matière de flagornerie. Trump a pourtant préféré envoyer à Moscou son gendre Jared Kushner et Steve Witkoff « négocier » avec Poutine un accord de paix avec la Russie qui tenait plutôt de la reddition. En 2016, alors candidat à la primaire républicaine, Rubio estimait que les « républicains qui soutiendraient Trump devront se justifier d’être tombé dans le piège » du raliement à celui qu’il qualifiait d’« escroc ». Ce dernier avait alors surnommé Marco Rubio « Little Marco », « petit Marco », un surnom qui sied parfaitement au personnage. Il s’applique aussi aux républicains complices et lâches, prêts à tout pour une place au Congrès ou en Conseil des Ministres, de la flatterie décomplexée à la mise en œuvre de politiques absurdes et injustes, en passant par l’approbation des pires diatribes racistes ou misogynes d’un soudard éructant.



