Sarah Knafo : le petit chaperon brun
Candidate à la mairie de Paris, Sarah Knafo, égérie de Reconquête, affirme militer pour la victoire de la droite parisienne. En fait, la compagne d’Éric Zemmour cherche surtout à s’affirmer sur la scène nationale et à pousser à l’union droite-extrême-droite en camouflant ses convictions radicales.
L’élève va-t-elle dépasser le maître ? Dans un couple, il est toujours difficile de deviner quel est le vrai rôle de chacun. On se souvient du détestable « qui va garder les enfants ? », lancé par Laurent Fabius lorsque surgit l’inattendue candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle de 2007 plutôt que celle de François Hollande, pourtant premier secrétaire du PS. Ancienne First Lady, Hillary Clinton, après un parcours de sénatrice et de ministre, a voulu remporter à son tour la Maison-Blanche avant d’être battue par Donald Trump. Deux femmes, deux échecs.
Sarah Knafo, compagne d’Éric Zemmour devenue star de la fachosphère, vient de se lancer dans la course à la mairie de Paris. A-t-elle une chance de réussir ? L’analogie est bancale, dira-t-on, puisqu’elle n’y va pas pour gagner, seulement pour s’imposer comme la femme politique qui aidera son camp, la droite, à remporter l’Hôtel de Ville. Mais chacun a compris que c’était une simple étape et que son ambition portait plus loin.
Un parcours rapide et une ligne politique affirmée
Qu’ils l’apprécient ou pas, ceux qui la connaissent trouvent Sarah Knafo brillante. Née en avril 1993 aux Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, elle a suivi un parcours éclair. À 32 ans, cette Française juive d’origine marocaine, dont les parents se sont installés en France après la guerre des Six Jours, cumule un master d’affaires publiques, Sciences Po et l’ENA avant de devenir magistrate à la Cour des comptes puis de se rapprocher d’Éric Zemmour dont elle devient la directrice de campagne lors de la présidentielle de 2022. En juillet 2024, elle est élue députée européenne sur la liste Reconquête menée par Marion Maréchal.
Ce parcours météorique, celui d’une militante qui se situe à la droite de l’extrême-droite, tend aussi à l’isoler. Elle s’affiche en France comme la meilleure partisane de Donald Trump dont elle vante le discours et les méthodes, jusqu’à assister à son investiture il y a un an à Washington. Au Parlement européen, elle est la seule française à siéger au sein du groupe L’Europe des nations souveraines (ENS) qui abrite l’AfD allemande, formation constituée principalement de néo-nazis, à la droite des Patriotes pour l’Europe (PfE) de Jordan Bardella. Son ancienne tête de liste, Marion Maréchal, avec qui elle a mené une haineuse guerre des cheffes, a atterri dans le groupe plus modéré des Conservateurs et réformistes européens (CRE) de Giorgia Meloni.
Souverainiste, pourfendeuse de l’immigration et de l’Europe, contemptrice du RN qu’elle juge trop à gauche, Sarah Knafo se retrouve seule. La présidentielle de 2027 ? Elle n’est pas prête. C’est Éric Zemmour, le père de ses deux tout jeunes enfants Alexandre et Bérénice, qui mènera la campagne pour Reconquête. Mais elle a aussi souscrit à l’idée de Laurent Wauquiez, qui veut rassembler « toute la droite (…) de Gérald Darmanin à Sarah Knafo ». Et si elle n’ira pas cette fois, elle veut se préparer pour le coup d’après. Pour cela, elle doit « lisser » son image..
La campagne parisienne comme tremplin
La campagne des élections municipales à Paris va lui servir de tremplin. Elle, la gamine de Seine-Saint-Denis, part à l’assaut de la capitale avec une détermination farouche. Ayant réalisé, dit-elle sur TF1, son rêve de « devenir parisienne », elle entend « redresser Paris » avec un plan d’économies de 10 milliards d’euros ! « Si on parvient à redresser Paris, on redressera la France tout entière », assène-t-elle.
À 7 % dans les sondages avant même d’avoir déclaré sa candidature, jusqu’où peut aller Sarah Knafo ? Provocant, un commentateur pose la question : doublera-t-elle Rachida Dati ? Elle compte en tout cas profiter de la campagne pour accroître sa notoriété et faire connaître ses idées. Paris sera le terrain de jeu où elle va faire ses armes pour s’installer à droite comme incontournable. La protection des femmes, la baisse des impôts, la lutte pour la propreté seront, dit-elle, ses priorités pour faire de Paris « une ville heureuse ».
Peut-elle aider Rachida Dati à gagner, comme elle le proclame ? Son soutien sera à double tranchant, tant les Parisiennes et les Parisiens n’ont guère jusqu’ici laissé de place à l’extrême-droite, avec un RN limité à 7 %. Avec son positionnement radical, elle peut aussi pousser Dati trop à droite, ce qui obérerait les indispensables réserves de voix dont celle-ci aura besoin pour gagner au second tour. Alors, le baiser de Sarah Knafo se révélerait empoisonné.



