Toulouse, Nantes, Limoges, Brest et les autres…

par Valérie Lecasble |  publié le 16/03/2026

Malgré le refus de tout accord au niveau national entre le Parti socialiste et La France insoumise, les deux partis fusionnent leurs listes dans au moins cinq villes d’importance. Le refus de Benoît Payan à Marseille et d’Emmanuel Grégoire ne suffit pas à sauver la face d’Olivier Faure.

François Briançon (3e à gauche), candidat de gauche pour « La Gauche Unie », et François Piquemal (3e à droite), candidat de gauche pour LFI, tiennent une conférence de presse conjointe après le 1er tour des élections municipales à Toulouse, le 16 mars 2026. (Photo Lionel BONAVENTURE / AFP)

Peut-on encore faire confiance aux hommes politiques ? Cette question que se posent tous les jours les Français prend une intensité particulière à la lumière de ce qu’il vient de se passer à Toulouse. Il aura suffi d’une nuit, une seule, pour que les propos prononcés solennellement le soir du premier tour des élections municipales par Olivier Faure soient démentis dès potron-minet le lendemain matin par François Briançon, le candidat du Parti socialiste à Toulouse.

Des accords PS-LFI conclus malgré les consignes nationales

Se réjouissant de l’arrivée en tête des socialistes et écologistes dans de nombreuses villes de France, le premier secrétaire du PS s’était engagé à ce que son parti ne passe pas d’accord national avec La France insoumise. « National » ? Comme toujours, la transgression se cache dans les détails. Avec les sous-titres, il fallait comprendre que, localement, Olivier Faure pourrait laisser la liberté aux uns et aux autres de se décider.

Ils ne s’en sont pas privés. Tout au long de la journée, la liste des villes où socialistes et Insoumis se sont ralliés n’a cessé de s’allonger. Après Toulouse, ce fut au tour de Besançon, Limoges, Brest et… Nantes, la ville dont la maire sortante Johanna Rolland n’est autre que la numéro deux du Parti socialiste.

Toulouse, symbole des tensions à gauche

Pourquoi cette volte-face ? Toulouse, qui a ouvert le bal, est, depuis le début de la campagne des municipales, le trophée que la gauche veut décrocher. Malgré des victoires nationales avec le score inégalé de 36,95 % de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022, elle ne parvient pas à y remporter la mairie où règne depuis vingt ans l’ex-LR Jean-Luc Moudenc. Les Toulousains louent tant ses qualités que certains électeurs de gauche votent pour lui aux élections municipales.

La deuxième raison est la fâcheuse habitude de la gauche de se présenter divisée. Les municipales 2026 devaient permettre au Parti socialiste de reconquérir Toulouse afin d’enclencher une dynamique victorieuse en vue de la présidentielle de 2027. Las ! Rien ne s’est passé comme prévu puisque le candidat socialiste François Briançon n’est arrivé, au soir du premier tour, qu’en troisième position, avec 24,99 % des voix. Il est devancé par le maire de droite sortant qui recueille 37,23 %, mais aussi, à la surprise générale, par l’Insoumis François Piquemal, à trois points devant lui, avec 27,56 %.

Une stratégie locale au risque des contradictions

Encore raté ? Aucun critère pour une alliance de second tour avec LFI n’est réuni. L’extrême droite n’est pas menaçante, le candidat RN est contenu à 5,38 %. Le Parti socialiste ne peut pas gagner, puisque LFI le devance. Et pourtant… François Briançon annonce qu’il s’est mis d’accord pendant la nuit avec son collègue de La France insoumise, François Piquemal. Et la consigne d’Olivier Faure ? « Les conditions de la victoire sont sur la table. Il y a une volonté du peuple toulousain de changer d’air », annonce-t-il, laissant Piquemal prendre la tête de la nouvelle liste fusionnée puisqu’il est arrivé devant lui.

On croit rêver. Non seulement Olivier Faure laisse faire. Mais il autorise un socialiste à apporter sur un plateau à un Insoumis une ville emblématique de plus de 500 000 habitants.

Après Toulouse, d’autres lui emboîtent le pas, passant avec LFI des accords similaires dans d’autres villes où les socialistes sont en tête. Avec une mention particulière pour Nantes où la maire sortante, soutenue par la direction du PS, clamait haut et fort qu’elle arriverait loin devant son adversaire de la droite unie.

Lorsqu’elle s’est retrouvée avec lui dans un mouchoir de poche, c’est la peur de perdre qui l’a conduite, comme les autres, à ces alliances que le PS avait pourtant juré de ne pas passer. À se demander si ce sont bien les mêmes qui se sont étripés pendant toute la campagne des municipales, Jean-Luc Mélenchon et ses troupes ne trouvant pas de mots assez durs pour dégommer leurs adversaires socialistes.

Restent Benoît Payan à Marseille et Emmanuel Grégoire à Paris pour sauver l’honneur du Parti socialiste, en ayant refusé tout accord avec La France insoumise. Ils ont pris leur risque, celui de laisser Marseille au RN et Paris à la droite, convaincus qu’ils pourront au moins se regarder dans la glace. Ce sont bien deux attitudes, à gauche, qui se sont révélées pendant ces municipales.


Valérie Lecasble

Editorialiste politique