Kristi Noem, la femme qui en faisait trop
La ministre de l’Intérieur Kristi Noem, en charge notamment de l’ICE, a été remerciée par Trump le 5 mars dernier. Ce n’est ni sa cruauté ni son incompétence qui ont été sanctionnées, mais la dégradation de son image et son impact indirect sur Trump.
Avant même sa nomination, Kristi Noem, un temps pressentie pour être la colistière de Trump en 2024, avait fait la une des journaux pour avoir abattu son chien qu’elle n’arrivait pas à dresser correctement. Elle avait à la fois horrifié le monde MAGA et épaté Trump, qui avait apprécié son côté transgressif et « courageux », non politiquement correct.
Une figure du trumpisme à la tête du DHS
Nommée à la tête du DHS, Kristi Noem a été une apparatchik impeccable du trumpisme, avec pour mission de mettre en place la politique la plus identifiée du gouvernement : la lutte contre l’immigration clandestine. Capable de mentir avec un aplomb absolu, maîtresse dans l’art de se mettre en scène avec des tenues de camouflage ou de cow-girl, elle incarnait à merveille Trump 2.0, mélange d’incompétence, de cruauté, d’obsession de l’image et de flagornerie.
Minneapolis, auditions et revers politiques
Les morts de Renée Goode puis d’Alex Pretti à Minneapolis devaient la fragiliser, moins pour les actes en eux-mêmes que pour sa très mauvaise communication pour les expliquer. Son côté bravache après la mort de Patti, accusé sans aucune preuve d’être un terroriste de l’intérieur, devait choquer jusqu’à son propre camp, conduisant Trump à nommer Tom Homan pour gérer la situation à Minneapolis et ordonner le retrait de l’ICE de la ville, dans une rare admission (suggérée et non officielle) de responsabilité.
Son poste n’était pourtant pas en péril, d’abord parce que Trump ne voulait en aucun cas offrir un scalp si symbolique à ses adversaires, et aussi parce que, sur le fond, les meurtres couverts et ses mensonges ne l’avaient pas troublé outre mesure. Si elle a fini par devoir partir, c’est à cause d’une audition catastrophique au Sénat le 3 mars dernier.
Sous Trump, l’incompétence et le mensonge sont récompensés, mais à la seule condition d’être efficaces et de ne pas embarrasser ou faire d’ombre au patron. Or les sénateurs ont révélé non seulement son incapacité à répondre aux questions les plus évidentes, mais aussi une liaison avec un subordonné (et ancien conseiller de Trump), ainsi que des travaux somptuaires dans l’avion utilisé pour ses déplacements professionnels afin de les agrémenter avec son conseiller et amant. Pire encore, aux yeux de Trump, elle a dépensé 200 millions de dollars pour un film à sa gloire sans l’aval du président, passablement agacé d’avoir été si peu mentionné dans ce film.
L’entreprise mafieuse qu’est l’administration Trump ne peut tolérer des agissements qui mettent en péril le statut du chef. Comme souvent avec Trump, le renvoi de Noem est aussi un signal pour ses collègues, qui savent que tout leur sera pardonné, sauf de mettre dans l’embarras le patron et de lui faire de l’ombre. En ce sens, le renvoi de Noem, pour salutaire qu’il soit, est moins une mesure de bonne gestion que l’illustration de la mégalomanie et du cynisme de Trump, qu’il manifeste donc sur la scène internationale comme sur celle de la politique intérieure.



