La preuve par les municipales

par Laurent Joffrin |  publié le 23/03/2026

Avec les insoumis, la gauche perd ; sans eux, elle gagne. Après le second tour de ces élections, il faut vivre dans un monde parallèle pour refuser de voir cette réalité électorale. Une leçon éclatante pour la suite…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Tardive lucidité : « LFI fait perdre », lance Pierre Jouvet, haut responsable socialiste, qui aurait peut-être pu se poser la question avant le scrutin d’hier. Au lieu de cela, la direction du PS, après avoir écarté tout accord national et posé ses conditions à des alliances locales – un risque RN et une distanciation des candidats LFI à l’égard des outrances mélenchoniennes –, a fait exactement le contraire. Dans plus de trente villes importantes, les socialistes ont fusionné leur liste avec celle de LFI, sans que les critères exigés soient une seule fois respectés.

Une stratégie d’alliance remise en cause

Par pur électoralisme, ceux-là ont donc jeté leurs principes par-dessus les moulins pour sauver leurs sièges. Ils ont visé bas et ils ont raté. Dans les villes où les socialistes ont refusé l’accord – Lille, Paris, Marseille, Rennes et bien d’autres –, ils ont, la plupart du temps, gagné. Là où ils ont cédé au chantage LFI, ils ont perdu. Le cas de Toulouse est le plus emblématique : au sortir du premier tour, le total PS-LFI dépassait les 50 %. À l’arrivée, le maire sortant Jean-Luc Moudenc l’emporte nettement. Jouvet a tardivement mais décidément raison : LFI fait perdre.

Une recomposition politique à gauche en vue de 2027

Marine Tondelier, cette amatrice de vestes, qui vient de voir partir en fumée l’essentiel de ses conquêtes du scrutin précédent, continue de donner des leçons. La gauche, dit-elle, doit cesser de se déchirer. Comme si l’on pouvait renvoyer dos à dos le discours raisonnable tenu par les socialistes et les outrances de Mélenchon, son antisémitisme persistant, sa complaisance avec la violence de rue. Fausse symétrie de plus en plus louche, destinée à ménager LFI. Tondelier ? Une sous-marine…

Imperméables à toute réalité, certains, dans la même veine, continuent de réclamer une primaire de la gauche radicale et du PS pour dégager une candidature unique. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces fantasmes mélenchonoïdes conduiront tout droit à la défaite et, si LFI passait le premier tour de la présidentielle, à la victoire du RN.

La conclusion de cette expérience grandeur nature est limpide : seule une candidature autonome de la gauche républicaine, forte sur des valeurs et dotée d’un projet crédible, peut conduire la gauche au succès dans l’honneur. Après tout, à observer la ribambelle de villes conservées par les socialistes, ces municipales montrent que l’électorat susceptible de soutenir une telle candidature existe bel et bien. Encore faut-il qu’il se sente représenté : c’est la tâche de ces prochains mois.


Laurent Joffrin