La victoire empoisonnée de la droite

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 23/03/2026

Les municipales marquent une progression des conservateurs, mais leur succès ne résout en rien l’équation de la présidentielle.

Le maire sortant du Havre et candidat du parti Horizons à sa réélection, Édouard Philippe, prononce un discours après sa victoire au second tour des élections municipales de 2026 à l'hôtel de ville du Havre, le 22 mars 2026. (Photo Lou Benoist / AFP)

À première vue, la droite et le centre ont de quoi se réjouir au lendemain des municipales. Ils l’emportent dans de nombreuses villes, ils n’ont pas cédé aux sirènes du Rassemblement national, Édouard Philippe s’est fait adouber par les Havrais, prélude, espère-t-il, d’une union derrière lui à la présidentielle. Cadeau supplémentaire : les deux gauches irréconciliables sont bien parties pour se déchirer sur la stratégie à suivre au sujet de LFI, et les modérés pourront rappeler à loisir les « accords de la honte » noués par de nombreux édiles roses.

Une concurrence accrue entre présidentiables

Mais la droite va sans doute déchanter. Pas seulement parce que la gauche sociale-démocrate a elle aussi engrangé des victoires, à commencer par les deux plus grandes villes de France, Paris et Marseille. Mais parce que, si la défaite est orpheline, la victoire est revendiquée par tous. Comment faire renoncer les innombrables présidentiables de droite au profit d’un seul alors que la vague semble porteuse ? Plus que jamais, chacun va vouloir tenter sa chance, quitte à contrecarrer l’intérêt collectif, qui imposerait de s’unir.

Il fallait entendre Bruno Retailleau, dimanche soir, marteler qu’une autre voie existait entre les « idéologues de La France insoumise et les démagogues du Rassemblement national », après avoir souligné que LR était la première force politique locale du pays. Le président des Républicains est décidé à porter les couleurs de « ces millions de Français » qui voudraient emprunter « une autre voie, plus exigeante ». Ce mardi, les dirigeants LR vont chercher la meilleure procédure pour désigner le candidat de leur parti. On imagine mal le Vendéen laisser passer sa chance de figurer dans la course.

Une équation présidentielle encore incertaine

Même réflexe chez Gabriel Attal, patron de Renaissance. Il est obligé, officiellement, de se réjouir de la performance d’Édouard Philippe, membre éminent du bloc central. Mais rien ne le fera lâcher le manche avant que le Havrais ne transforme l’essai. Il va publier un livre personnel pour accompagner sa candidature à la présidentielle sur un créneau qui se veut ouvert au centre gauche. Au cas où Philippe louperait sa rentrée dans l’atmosphère, il sera là, et bien là, pour barrer la route à Bruno Retailleau…

Pour Édouard Philippe, rien ne va donc être simple. Certes, il pourra s’appuyer sur le solide réseau d’élus locaux de son parti Horizons et se targuer d’avoir su conserver la confiance d’un électorat populaire dans sa ville. Son score municipal devrait lui donner un peu d’élan pour affronter la compétition nationale de 2027. Et il a déjà des alliés, comme Gérald Darmanin, qui vont plaidant la nécessité de s’unir derrière un seul candidat.

Mais comment s’imposer quand on refuse de participer à une primaire ? Édouard Philippe compte sur les sondages pour trancher en sa faveur. Encore faut-il qu’il réussisse à faire le trou. Les thématiques de vérité qu’il compte développer sont certainement courageuses, mais pas forcément porteuses. Attal et Retailleau vont, l’un et l’autre, tenter de capter des électeurs sur sa gauche comme sur sa droite. Le langage de la raison est beaucoup moins commode à tenir.

Et puis, même s’il parvenait à rallier ses concurrents sur son nom – ce qui ne va pas se faire d’un coup de baguette magique –, il devra ensuite devancer le champion que se donnera la gauche sociale-démocrate. Ce sera peut-être dans la douleur, mais les municipales devraient accoucher d’un candidat de gauche anti-LFI, toute compromission avec les Insoumis conduisant visiblement à l’échec. Quel qu’il soit, il mordra sur le centre et privera le Havrais d’une partie de ses possibles soutiens.

Avec les municipales, la droite a donc gagné une bataille mais pas (encore ?) la guerre. Édouard Philippe a, pour l’instant, le meilleur profil pour s’imposer dans son camp, mais ses vrais-faux compagnons de route ne vont pas l’aider. Il doit déjà murmurer in petto : gardez-moi de mes amis, je m’occupe de mes ennemis…


Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse