1/ L’eau : le monde a soif

par Gilles Bridier |  publié le 21/07/2023

Alerte ! La population mondiale a triplé alors que la consommation d’eau à des fins humaines s’est multipliée par six

Photo by Dante FERNANDEZ / AFP

L’eau, source de vie. Banale mais irremplaçable. On en use et en abuse. Pourtant l’eau douce ne représente qu’à peine 3 % de l’eau sur la planète, et à peine plus de 1 % si l’on exclut les glaciers et les nappes souterraines inaccessibles… Et imaginer dessaler l’eau de mer à très grande échelle créerait plus de problèmes que de solutions pour l’environnement.

D’où vient, alors, cette idée que l’eau serait inépuisable ? De son cycle – évaporation, condensation, précipitation- qui, par son caractère immuable, donne l’impression que les réserves, parce qu’elles se reconstituent sans cesse, sont infinies. Il n’en est rien.

Au XXe siècle, « la population mondiale a triplé alors que la consommation d’eau à des fins humaines s’est multipliée par six », alerte le Conseil mondial de l’eau. Soit un rythme des prélèvements deux fois supérieur à la croissance démographique.

Avec une population qui devrait approcher les 10 milliards d’habitants au milieu du siècle, la demande mondiale en eau devrait, dans le même temps, augmenter de 55 % selon l’OCDE. La ressource, elle… n’augmentera pas. Vilaine équation.

L’eau et les questions migratoires

Conséquence: d’ici le milieu du siècle, 40 % de la population mondiale devraient être confrontés à des problèmes d’alimentation en eau, soit deux fois plus qu’en 2000. Ainsi « les changements hydrologiques causés par le changement climatique multiplieront par sept les demandes d’asile en Union européenne » (Giec ). L’eau, la chaleur, la question migratoire : une actualité aigüe.

L’ONU a beau réaffirmer que l’eau « potable, salubre, propre, accessible et abordable » est un droit fondamental, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) alerte, elle, sur le fait que 2,1 milliards de personnes sur 7 milliards ne disposent toujours pas à ce jour d’un accès satisfaisant à l’eau potable.

En France, alerte sur l’eau potable

Aucun pays n’est épargné. Entre 2017 et 2020, la France, pourtant bien dotée, a connu des restrictions sur un tiers de son territoire . La faute à la consommation, aux fuites de 20 % sur les réseaux de canalisation, mais aussi d’une diminution de l’eau renouvelable. Entre 1990 et 2018, la pluie a manqué, une perte de -14 %.

En automne , période de réalimentation des nappes phréatiques, le déficit de pluie touche 49 % du territoire. Cette année, deux tiers des nappes sont en dessous de leur moyenne en juin.

Constat : les ressources souterraines fournissent aujourd’hui 70 % de l’eau potable en France , d’ici à trente ans, elles pourraient diminuer… de moitié.

Question, inévitable : faut-il hiérarchiser les utilisations de l’eau?