1/ Un programme pour la gauche du réel

par LeJournal |  publié le 16/01/2024

Le Lab de la social-démocratie vient d’élaborer un « programme fondamental » intitulé Le Pouvoir d’Agir, qui vise à rénover les idées de la gauche réformiste en France. LeJournal.info a décidé de publier les principales réflexions issues de ce travail collectif, en commençant, aujourd’hui, par l’introduction générale

D.R

Lancer le débat, contribuer au renouveau intellectuel des progressistes, faire contrepoids aux outrances du populisme de gauche.

  1. Ce que veulent les sociaux-démocrate

Nous, sociaux-démocrates, décidés à renouveler la pensée réformiste en France, avons rédigé un « programme fondamental » qui jette les bases d’un projet de transformation sociale pour la France.

Élaboré par le Lab de la social-démocratie, ce programme pose les bases d’un réformisme radical, à la fois républicain, social et écologique, propre à relever les grands défis du 21e siècle. Nous récusons tant le libéralisme vertical de la coalition macronienne que la stratégie de l’outrance de la gauche radicale Seul un projet réformiste audacieux et crédible à la fois, peut éviter au pays la victoire de l’extrême-droite. Seul un projet social-démocrate rénové et repensé peut permettre à la gauche de l’emporter en 2027.

Ce projet a pour origine notre refus de l’injustice. Nous refusons de voir les classes populaires sacrifiées aux intérêts du tout-marché. Nous refusons de ne laisser à la désespérance sociale que le choix de l’abstention ou du vote extrême.

Celui ou celle qui pense que la gauche a fait son temps, que le programme d’une République sociale est épuisé, que l’opposition droite-gauche est désuète, que l’universalisme est dépassé, que l’avenir est fermé et le progrès impossible, celui-là accepte l’injustice. Il n’est pas des nôtres.

Partout en Europe, la social-démocratie a été la force motrice d’immenses progrès. En s’appuyant sur la méthode du compromis, la seule qui soit efficace, la seule qui permette de gouverner, elle a contenu les inégalités, favorisé l’emploi, bâti un système précieux de protection sociale, modernisé la société et fait vivre la démocratie. Il est vrai qu’elle n’a pas fait disparaître les injustices produites par le capitalisme mondialisé et financiarisé et qu’elle n’a pas toujours été au rendez-vous des espoirs placés en elle. En un mot, elle n’a rien fait, puisqu’il lui reste à faire.

Fondé sur une logique productiviste qui consiste à redistribuer aux classes populaires les fruits d’une croissance qu’on croyait sans fin, son logiciel se heurte à la finitude de la planète, aux impératifs de la lutte pour le climat, à la fragmentation des classes populaires meurtries par les politiques libérales et à l’émergence de nouvelles attentes démocratiques et sociétales. Il devait être réinventé. C’est ainsi que nous avons conçu un projet neuf, un socialisme de la liberté, qui se hisse à la hauteur des défis du siècle qui vient, qui répond au besoin de protection du peuple français et préserve les droits des générations futures. Ce projet se réclame de la raison, de l’universalisme, de l’humanisme hérité des Lumières, mais un humanisme révisé en fonction des réalités d’aujourd’hui.

Selon un préjugé commun, les contempteurs intéressés de la social-démocratie attendent de nous la pusillanimité des projets mi-chèvre mi-chou, la prudence craintive d’un juste milieu baigné d’eau tiède. Ils seront déçus.

  • Nous proposons de réaliser une mutation écologique rapide qui organise dans la justice sociale la transition vers une économie décarbonée, qui nous libère des énergies fossiles – notamment par le nucléaire – et qui assure la justice pour tous par la création d’une sécurité sociale écologique.
  • Nous défendons une éthique nouvelle des technologies numériques et biologiques qui conjure les dangers du transhumanisme et de l’hubris de la technique, tout comme nous prévoyons d’établir de nouveaux rapports avec le monde du vivant en portant un regard nouveau sur le monde animal et les écosystèmes.
  • Nous proposons de redéfinir la place et le rôle de la propriété dans le fonctionnement de l’économie et de la société, de manière à garantir l’accès de tous aux biens communs et de créer un revenu de base ouvert à tous en automatisant et en simplifiant notre système de prélèvements et de prestations. Ce système doit subordonner les écarts de fortune à l’intérêt général, ce qui suppose la réforme en profondeur de l’impôt sur le patrimoine et sur l’héritage.
  • Nous redonnons son sens au travail en étendant la protection sociale, en développant la fonction sociale et environnementale des entreprises et en modifiant radicalement, en leur sein, l’équilibre des pouvoirs en faveur des salariés pour aller beaucoup plus loin dans la codétermination.
  • Nous voulons redonner confiance dans l’école de la République, réconcilier la gauche avec le mérite et l’égalité des chances et donner à tous les élèves les moyens de réussir en luttant contre les inégalités sociales devant et à l’école.
  • Nous voulons rendre le pouvoir au peuple en confiant à l’Assemblée nationale la responsabilité d’élire, désormais, le Premier ministre. Nous proposons d’instaurer une « démocratie continue » qui réponde au désir de participation du peuple aux affaires publiques, en revoyant la pratique du référendum d’initiative partagée, en donnant une place éminente au droit de pétition prévu par la Constitution et en jetant les bases d’un « pacte girondin » entre la Nation et ses territoires.
  • Nous répondons aux nouvelles revendications des femmes et des minorités en instaurant, sur la base de l’universalisme et loin de tout communautarisme, une politique d’égalité réelle qui élimine les discriminations de genre ou d’origine et assure à chacun et chacune la jouissance concrète des droits garantis par la République.
  • Nous définissons une politique de sécurité destinée à assurer l’ordre républicain dans la société et sur l’ensemble du territoire et à combattre une délinquance qui frappe en priorité les classes populaires et, sur la base de la conception républicaine de l’identité nationale, une politique d’immigration équilibrée, qui permettre de mieux accueillir, mais aussi de mieux reconduire.
  • Nous proposons enfin de remettre sur les rails le projet d’une Europe politique, d’accélérer la construction d’une défense européenne autonome et moins dépendante de l’allié américain, une Europe attractive pour les investisseurs, mais capable de défendre ses intérêts, une Europe de progrès social attentive à la protection de ses travailleurs, une Europe, enfin, pleinement engagée dans la construction d’un ordre mondial plus sûr, plus durable et plus solidaire avec les pays du Sud.

Ce programme fondamental vise à rendre son originalité et sa force intellectuelle au courant réformiste en France. Mais il ne nous appartient pas. Il est mis à la disposition de toute la gauche, pour être discuté, amendé, contesté, de manière à faire progresser la réflexion commune.

Il est temps que les sociaux-démocrates, les socialistes, les républicains, disent clairement qui ils sont et ce qu’ils veulent.

Alors seulement nous pourrons bâtir une nouvelle coalition progressiste victorieuse.

Alors seulement nous pourrons mobiliser le peuple français autour d’un projet exaltant qui lui restitue son pouvoir d’agir.

Alors seulement nous pourrons rendre ses chances à l’avenir et faire d’une France transformée un exemple parmi les nations.

Pour le Lab de la social-démocratie :

Laurent Joffrin

Jean-Christophe Cambadélis

Michel Destot

Jean-Pierre Balligand

D.R
par LeJournal