2024, année zéro pour la gauche

par Laurent Joffrin |  publié le 07/01/2024

Depuis 2022, le populisme de gauche a démontré sa nocivité et son impuissance : l’heure est au renouveau et au rééquilibrage d’une gauche sociale, républicaine et universaliste. Il y a urgence…

LeJournal.info a mis en ligne hier l’appel intitulé « Réformistes, unissez-vous ! ». Même si le texte dit fort bien ce qu’il veut dire, l’initiative mérite un complément d’explication. Le raisonnement est d’une simplicité biblique : beaucoup de progressistes espèrent la renaissance d’une gauche de la raison et de l’action, universaliste et républicaine, qui ne se contente pas d’une posture protestataire et se distingue de l’outrance imposée par la France insoumise.

Dans la configuration actuelle, où le populisme de gauche couvre les voix de la réforme et de la transformation sociale crédible, nous allons tout droit vers la réédition désespérante du duel entre la macronie – plus ou moins mise à jour – et le Rassemblement national qui ne cesse de se banaliser et de progresser. Choix contraint une nouvelle fois entre des nationalistes xénophobes faussement assagis et un libéralisme vertical de centre-droit – ou de droite – qui cherchera à se prolonger par une posture régalienne plus affirmée (voir la loi immigration) et laissera entières la question des inégalités et celle de la mutation écologique.

Les choses étant ce qu’elles sont, une gauche qui resterait en l’état, qui continuerait de se référer au programme de la NUPES dont chacun sait qu’il est inapplicable, qui vivrait encore d’invectives et de provocations, ne sortira pas de son pré carré. Rappelons qu’en dépit des fautes du gouvernement, des crises qui ont bousculé la macronie, d’une urgence écologique chaque jour plus visible, des difficultés qui assaillent les classes populaires, la gauche prise dans son ensemble n’a pas gagné un pouce dans les enquêtes d’opinion depuis la dernière élection présidentielle. Telle est l’impasse dans laquelle nous enferme le mélenchonisme

Il n’est qu’une solution à cette équation : rééquilibrer la gauche, lui rendre sa crédibilité gouvernementale, renouveler son logiciel programmatique et ses structures partisanes, travailler à une nouvelle union de la gauche autour d’un projet audacieux et réaliste. Le travail a commencé : Bernard Cazeneuve travaille au sein de la Convention, le débat se poursuit au sein du PS entre la ligne NUPES et celle du renouveau, le Lab de la social-démocratie, qui réunit en son sein plusieurs clubs et think tanks sociaux-démocrates, présente un « programme fondamental » le 15 janvier prochain. Un projet qui prend de front les défis d’aujourd’hui, fondé sur une planification écologique, sur la réforme et l’extension de l’État-providence, la création d’une Sécurité sociale environnementale, une démocratisation de la Cinquième, un net renforcement du pouvoir des travailleurs au sein des entreprises, un aggiornamento du droit de propriété, une lutte accrue contre les discriminations de genre et d’origine, une vision neuve de l’Europe, et bien d’autres choses.

Problème immédiat : les divers courants de cette gauche d’action et leur leaders potentiels sont aujourd’hui dispersés : d’où cet appel qui vient, non d’états-majors parisiens, mais des régions et des villes, poussé par une myriade de militants d’élus, de citoyennes et citoyens. Seule la convergence de ces forces, aujourd’hui d’accord mais séparées par les habitudes du passé, peut changer la donne. Il est temps que ceux qui espèrent le renouveau de cette gauche, seule capable de l’emporter à terme, prennent leurs responsabilités. Il y a urgence…