2024, l’année du combat

par Laurent Joffrin |  publié le 31/12/2023

Nous sommes d’accord : le nombre des fléaux qui s’abattent sur nos démocraties a quelque chose de déprimant. Mais la peur ne mène à rien, sinon à l’inertie. Vient le temps du sursaut.

Charybde et Scylla… Ainsi pourrait-on nommer ces deux années 2023 et 2024, celle que nous quittons et celle qui nous attend, également marquées par le malheur. Selon le mot de l’excellent Alain Frachon dans Le Monde, l’an 2023 fut celui des deux guerres, celle d’Ukraine et celle de Gaza. Elles continueront en 2024, avec leur cortège de souffrances et d’angoisse. S’y ajoutent les lenteurs de la lutte pour le climat, le risque de pandémie persistant, les injustices économiques et sociales, la dissidence des classes populaires qui favorisent les extrêmes et nourrit la montée d’un populisme nationaliste. Rien de bien rassurant dans tout cela…

Accablement, donc ? Noir pessimisme ? Il y a une autre manière de voir l’année qui vient : ce sera celle du combat. Plutôt que de nous laisser submerger par cette série de désastres déprimants, décourageants, paralysants, pourquoi ne pas en faire un défi ? Au lieu de se lamenter, de faire le gros dos en vaquant à nos petites affaires, se calfeutrer en espérant que la tempête nous épargnera, ne faut-il pas réagir à la menace ? Car la vérité est désormais évidente et impérieuse : à travers toutes ces crises, c’est l’existence même de la démocratie qui est en jeu.

Ses ennemis sont puissants et bien connus. À l’extérieur et à l’intérieur, ce sont les mêmes : les tenants agressifs de la tyrannie identitaire. Il y a d’abord ceux qui conspirent au grand jour pour attaquer les régimes de liberté : les empires autoritaires de la Russie, de l’Iran, de la Chine, de la Turquie, les dictateurs qui prospèrent en Afrique ou en Asie, les fanatiques de l’islamisme et du terrorisme, les chantres des traditions régressives et de la soumission des individus, les femmes en particulier, aux préjugés hérités. Au nom d’une supposée civilisation, ils n’ont de cesse de faire reculer les démocraties soi-disant décadentes, de mépriser leurs valeurs et d’étendre leur oppression.

À l’intérieur, ils trouvent leurs complices auprès des démagogues du populisme identitaire, qui veulent abattre l’état de droit, restaurer les anciennes sujétions, prolonger la discrimination des minorités, récuser l’impératif écologique et fermer les frontières au nom d’une protection fallacieuse, divisant un peu plus l’humanité contre elle-même.

Dans ce monde menaçant, la peur est excusable. Mais elle ne mène à rien. Nous sommes attaqués : défendons-nous ! Voilà qui donne un sens à nos vies malmenées. D’abord là où l’agression est militaire, en Ukraine au premier chef, où un peuple courageux, aujourd’hui en difficulté, mérite tous les soutiens. Ensuite, par l’action civique, de manière à conforter nos principes, réformer nos sociétés malades, leur assigner un projet collectif, montrer, par le fait, par la mobilisation, que la liberté et la justice reste des idéaux dignes d’engagement. Le plus grand atout des dictateurs, c’est l’inertie des démocrates. Vient le temps du sursaut. Le combat sera long, difficile, exigeant. Mais il vaut la peine d’être livré. Alors autant commencer tout de suite : en 2024.