GIEC : l’impératif « Zéro émission nette »

par Armel Prieur |  publié le 08/10/2023

L’humanité ne doit pas rejeter plus de gaz carbonique que ce que la nature peut absorber. «Zéro émission nette » n’est que la traduction de cet équilibre vital. Accrochez-vous, c’est technique !

Globe Afrique( D.R )

L’expression « zéro émission nette » signifie que l’ensemble des émissions anthropiques – liées à l’activité humaine -, du CO2 majoritairement, et autres gaz à effet de serre, ne doit pas dépasser ce que peuvent absorber forêts, océans et plantes. Ce qui suppose que le réchauffement moyen soit limité à 1,9 W/m2 (watt par m2) avant 2050. Or nous sommes aujourd’hui à 3,45, près du double !

Ce ratio de 1,9 correspond au scénario1 du GIEC ou « SSP1-1.9 », un ensemble d’hypothèses socio-économiques de comportements durables censés nous permettre d’atteindre cet objectif.

Hélas, sur la période 2011-2020 les émissions de CO2 étaient de 39 milliards de tonnes (Gt) alors que l’absorption de CO2 était de 21 (10 par les océans et 11 par les végétaux,) ce qui veut dire qu’une vingtaine de Gt restaient stockés dans l’atmosphère, augmentant la température d’un quart de degré en dix ans…

Et, la situation ne cesse de s’aggraver. Le rapport Forster-Copernicus de juin dernier montre qu’en 2022, l’ensemble des gaz à effet de serre émis par l’activité humaine est passé à 54 Gt contre 51 dans l’évaluation précédente, dont 42 milliards de tonnes de CO2.

Et à l’inverse, la capacité des végétaux à séquestrer du CO2 est en train de régresser (11 Gt/an sur la période 2011-2020) à cause du… réchauffement du globe qui fragilise les arbres. Les chênes, par exemple, présentent le syndrome de la « tête brulée ». Pour résister à la chaleur et au stress hydrique, ils alimentent leurs branches basses quitte à laisser le faîte de leur ramure péricliter. Les 10 Gt absorbés par les océans sont également en baisse en raison de la moindre absorption par l’eau chaude. Du coup, l’acidification des mers augmente et met en péril la vie marine. Un véritable cercle vicieux selon lequel plus la planète se réchauffe, moins elle est capable de lutter contre les gaz à effets de serre à cause de ce même réchauffement.

En supposant que l’humanité se limite à huit milliards d’individus et que la séquestration de CO2 ne dépasse pas 16 Gt (réduction de 25 % de la capacité végétale et de 20 % de la capacité océanique), notre « droit à émettre » sera de 2 tonnes de CO2 par personne en 2050, contre 6 aujourd’hui dans le monde. Ce qui réclame d’immenses efforts. Mais ce chiffre ne doit pas nous effrayer. Avec les progrès de décarbonation accomplis, nous pourrions vivre à 2 tonnes en 2050 comme nous vivons à 6 tonnes aujourd’hui.

Le zéro émission nette n’implique donc pas la fin de toute activité humaine. Mais la France doit diviser par 6 ses émissions. Même en nous y mettant dès la lecture de cet article, le stockage du CO2 dans l’atmosphère ne réduira pas pour autant. Notre effort doit donc être extrêmement… durable.

Sources : données techniques de référence :

https://www.globalcarbonproject.org/

Schéma :https://urlz.fr/nEdr

Rapport Forster du 8 juin 2023 :

https://urlz.fr/mlhD

https://fr.wikipedia.org/wiki/Compte_carbone

Armel Prieur