À Solignac, le projet communautariste des moines intégristes

par Pierre Feydel |  publié le 23/12/2023

Dans ce bourg du Limousin, des Bénédictins traditionalistes ont repris la célèbre abbaye. Du coup, une communauté de familles intégristes se développe. Pour faire main basse sur le village

France, Haute Vienne, Solignac, abbatiale de Solignac - Photo SONNET Sylvain / hemis.fr

St Éloi, selon les paroles d’une chanson anticléricale et antimonarchiste de la fin du XVIIIe, avait demandé au bon roi Dagobert de remettre sa culotte à l’envers. Au-delà de la légende, cet ancien orfèvre devenu ministre avait aussi en 1632 fondé une abbaye à Solignac, à 9km au sud de Limoges dans la charmante vallée de la Briance.

Aujourd’hui, le bourg de 1500 habitants abrite une magnifique abbatiale du XIIe siècle. Sont accolés à cette merveille, les bâtiments d’un prieuré sans grand intérêt. Cette splendeur romane avait au cours de siècles résisté aux Vikings, aux Sarrasins, aux Anglais et aux Huguenots pour la plus grande fierté des villageois, mais aussi des amateurs de vieilles pierres, d’architecture religieuse ou de tourisme culturel.

Aujourd’hui, c’est fini. Depuis deux ans, une communauté de moines – aujourd’hui, ils sont onze, venus d’une abbaye – s’est installée là. Des Bénédictins intégristes qui ont confisqué à leur seul usage l’abbatiale et cherchent à mettre la main sur le village et à y développer un projet communautariste. Le maire tente de résister. Bon nombre de ses administrés se plaignent.

La tension monte. À tel point que le quotidien départemental, «  Le Populaire du Centre », a publié, le 18 novembre dernier, « Une » comprise, un dossier de 5 pages sur l’affaire intitulé « Sacrée discorde à Solignac. »

Messe en latin et sept offices

Tout commence par un tour de passe-passe de l’Évêque de Limoges. Lorsque l’association diocésaine propriétaire des lieux propose de vendre l’abbaye, le maire veut la préempter. Aussitôt, l’évêché change d’avis et s’empresse de confier le site aux moines les faisant bénéficier d’un bail emphytéotique de 50 ans assorti d’un loyer ridicule. En fait, Mgr Pierre-Antoine Bozo, semble ravi de s’être débarrassé des charges de l’église du prieuré et de l’église : entretien et impôts fonciers. D’une façon générale, il soutient les moines y compris leur projet religieux, voire politique.

Lesquels commencent par instaurer la messe en latin ? Puis, « par célébrer sept offices par jour qui durent quarante-cinq minutes et l’on ne peut entrer lors de ces dernières » (« Le Populaire du centre ») explique un opposant. Cette frénésie liturgique fait fuir les visiteurs. Même si les moines assurent que l’église reste ouverte tout le temps. Par ailleurs, ils ont isolé le chœur, et surtout, déplacé du mobilier sans autorisation des monuments historiques, et en plus supprimé les concerts profanes.

Plus grave encore, une communauté se constitue. Des familles viennent s’installer Solignac. Des catholiques traditionalistes, séduites par des reportages sur la messe d’installation des moines, relayée par des médias d’extrême-droite. Du coup, le prix du m2 a explosé dans la commune. Des habitants sont démarchés par des agences immobilières. Ils déplorent la clôture des jardins de l’abbaye le long de la Briance. Des terrains laissés à l’utilisation de tous ont été repris avec l’accord de l’évêché. D’autres parcelles sont achetées par les moines.

Communauté d’extrême-droite

Autre signe, « une école catholique hors contrat aujourd’hui présente à Limoges, le centre St Martial adossé à l’Institut du Christ-roi souverain prêtre (ICRSP), une communauté proche de extrême-droite devrait s’installer au Vigen à quelques encablures de Solignac » (Le Populaire du Centre -18/11/2023). Pure coïncidence assure les moines. 

L’objectif est clair : Amener un électorat qui, peu à peu, portera à la mairie des élus de la droite nationale. Ainsi naitra à Solignac un ilot intégriste, ni laïc, ni républicain.  Le père prieur, Benoit Joseph, n’ a pas caché ses intentions en expliquant que la Haute-Vienne était devenu un désert spirituel. Il se considère sans doute en mission.


Il existe d’ailleurs un précédent à Fongombault, dans l’Indre, à 130 km au nord de Solignac. Ce village compte 250 habitants dont 70 moines bénédictins qui résident dans une abbaye romane. La communauté catholique qui règne dans ce petit village a pris le pouvoir. Le maire en 2012 a refusé le mariage homosexuel expliquant qu’il valait « mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. »

Ce qui n’ a pas empêché les moines de recueillir un prêtre pédophile et, en d’autres temps, d’avoir caché Paul Touvier, chef de la milice lyonnaise. Le maire a fait interdire Halloween , « fête païenne ».  L’épicière a été sommée de ne plus mettre en vente de cassettes X dans ces rayons. Au premier tour de la dernière présidentielle, Éric Zemmour a recueilli 36 % des suffrages exprimés du village. Est-ce ce qui attend Solignac ?