Algérie : la haine à la Une

par Jean-Paul Mari |  publié le 25/11/2023

La guerre à Gaza a donné lieu, dans la presse algérienne à une série d’articles hostiles, contre Israël bien sûr, voire à des appels à la haine, mais aussi contre la communauté internationale dont la France. Florilège

Alger, 21 novembre 2023 - La place des Martyrs à Alger. L'Algérie est le dixième plus grand pays du monde et le plus grand du continent africain -Photo Isa Terli / ANADOLU / Anadolu via AFP

On a beau lire et relire la presse algérienne, et ses titres les plus connus, il s’avère impossible de trouver la moindre critique du déferlement de violence et des actes de sauvagerie qui ont marqué l’attaque du Hamas du 7 octobre dernier contre Israël. Pas un mot non plus sur le sort de plus de deux cents otages, militaires ou civils, Israéliens ou étrangers, hommes, femmes, vieillards et enfants kidnappés et détenus dans les tunnels de Gaza.

L’Expression, quotidien généraliste en langue française, préfère retenir l’offensive du Hamas comme une attaque inévitable et nécessaire et une victoire militaire majeure :

« Déclenchée par surprise un jour de fête juive, l’offensive palestinienne a ébranlé la prétendue citadelle sioniste, lézardant son “dôme de fer” qui n’est pas sans rappeler l’effondrement du mur Bar-Lev, en octobre 1973, lui aussi réputé “infranchissable”. […] L’arrogance extrême, le mépris évident envers une majorité de la communauté internationale et le sentiment de totale impunité dans la mise en œuvre d’une politique agressive et expansionniste pour nier le droit palestinien ont atteint un stade tel que les Palestiniens, eux-mêmes, n’ont eu d’autre choix que de frapper un grand coup pour se rappeler au bon souvenir de ceux qui prétendent les occulter en misant sur un statu quo perpétuel. » C. Bensaci)

El Moudjahid, vieux journal francophone considéré comme la voix du gouvernement algérien, retient la barbarie du blocus et des bombardements sur Gaza, uniques victimes dignes de compassion, en condamnant la communauté internationale :

« On tue en série ! Enfants, femmes, personnes âgées, humanitaires, personnels médicaux… Les bombes jetées atrocement sur Ghaza n’épargnent personne. On tue également la parole libre. En effet, l’entité sioniste a lâchement assassiné plus de 35 journalistes et continue de priver les Ghazaouis d’eau, d’électricité, de médicaments, et d’interdire le passage de l’aide humanitaire. Un tel degré de barbarie ne suffit pas à faire sortir la communauté internationale de sa torpeur.[…] »

Pour Le Soir, grand quotidien généraliste en langue française, le masque est tombé, dévoilant, au passage, l’hypocrisie et la servilité de « certaines » démocraties. Comprenez les États-Unis et bien sûr la France, l’ennemi traditionnel :

« Selon les éternels donneurs de leçons, la presse aux ordres, la pensée unique, c’étaient nous et nos semblables. Mais voilà que le traitement de l’actualité relative à la guerre de Ghaza les démasque, montrant une presse réellement aux ordres, totalement acquise à la cause du sionisme, où les voix pro-palestiniennes sont réduites au silence. […} Aujourd’hui, l’exemple le plus frappant de la pensée unique et de la presse aux ordres est livré par certaines “Démocraties” ! ». (M. Farah)

Echorouk (« L’aurore du jour ») est le quotidien le plus vendu en Algérie, presse arabophone et francophone confondues. Publié en arabe, son édito n’est pas en reste, qui demande plus de morts israéliens:

« Cette guerre a montré les vrais visages de tout le monde. Le vrai visage du colonisateur sioniste et de l’occident qui ferme les yeux. Une guerre menée par les sionistes “civilisés” contre “barbares” de Gaza. Israël mettra fin à cette guerre quand elle sentira que poursuivre est synonyme de plus de pertes humaines dans ses rangs […] une nouvelle histoire sera écrite car la fin de l’entité sioniste s’approche de plus en plus » (H. Lagraâ)

El Fadjr, (« L’aube », du nom traditionnellement donné à la 89e sourate du Coran, le livre sacré de l’islam) est un quotidien arabophone. Pourtant lancé en 2000 pour répondre à un besoin d’information d’un nouveau public, jeune et politisé, il ne déroge pas cette fois à la règle. Et va même beaucoup plus loin:

« Quelle que soit l’issue de cette guerre, Israël ne connaitra pas la paix. Nous allons apprendre à nos enfants la haine d’Israël pour chaque goutte de sang qui a coulé à Gaza et les images des massacres se transmettront d’une génération à une autre. Au moment où nous fêtons le 1er novembre, nous ne pouvons que nous rappeler les massacres de la France et les millions de martyrs morts pour l’Algérie. Et pourtant nous avons gagné […] (H. Hazem)

Appel à la haine, rappel permanent de la guerre d’indépendance, colonialisme, lâcheté, trahison, sionisme, mépris de la vie humaine… rien n’est épargné par la presse qui entretient un éternel contentieux avec la France qualifiée de pro-Israël comme, désormais, l’Occident et ses démocraties, rejetés en bloc.

On est loin de cette Algérie ouverte et habile de la diplomatie, initiée dans les années 70, qui a produit des hommes comme Lakhdar Brahimi qu’on appelait pour négocier à Taëf ou ailleurs, lors des crises douloureuses que traversait le Moyen-Orient. Une diplomatie sinistrée, rancunière et isolée, toute de haine recuite, à l’image du pays, dont la presse n’est finalement que le simple écho.