Alliances avec LFI : le cadeau fait à la droite

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 17/03/2026

Les socialistes devraient bénéficier électoralement des accords passés avec les Insoumis. Mais ils donnent une arme à leurs adversaires, qui ne vont cesser de mettre en doute leur indépendance à l’égard de LFI.

« Je comprends parfaitement les décisions » prises par les candidats socialistes qui ont choisi de former une alliance avec LFI avant le second tour des élections locales, a déclaré Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, sur France 2 le 16 mars 2026. (Photo Ludovic MARIN / AFP)

Pour la droite, c’est du nanan. Elle que la gauche suspecte sans cesse de complicité avec le Rassemblement national peut désormais renvoyer le compliment à ses détracteurs : l’alliance passée entre le PS et LFI pour le second tour des municipales, contrairement à tous les engagements pris à la suite des déclarations à caractère antisémite de Jean-Luc Mélenchon, est une faute morale – sinon électorale – dont la droite va se servir pour saper la crédibilité des socialistes dans la perspective de la présidentielle. Attention aux fausses joies !

Certes, les municipales vont se solder par la réélection ou l’entrée des roses dans de nombreuses villes importantes. Une belle victoire pour un parti mal en point, peu porté par l’air du temps populiste et encore à la recherche d’un projet et d’un champion pour 2027. Un résultat inespéré il y a encore quelques semaines, tant LFI semblait décidée à faire mordre la poussière à ses vrais-faux camarades « sociaux-traîtres ».

Une crédibilité fragilisée pour la présidentielle

Mais la victoire a un prix. Dès aujourd’hui, elle est entachée par la trahison de la parole socialiste. Les quolibets pleuvent sur les retournements de veste de nombreux édiles, qui ont vite fait d’oublier leurs serments de rupture avec LFI. L’essentiel, pour ces Tartuffe couverts par Olivier Faure, est de conserver des fiefs ou d’en prendre à la droite. Le reste ne serait que littérature. C’est sans compter sur l’effet retard que produira une telle compromission.

Quelle sera en effet la crédibilité des proclamations d’indépendance d’un François Hollande ou d’un Raphaël Glucksmann comme candidats à la présidentielle ? La droite leur rappellera sans cesse que leur base réclame l’union et qu’elle se fera malgré eux avec des alliés infréquentables. Alors que la condition même pour qu’un champion social-démocrate figure au second tour de l’élection suprême est qu’il morde sur le centre droit, effrayé par l’épouvantail insoumis. Les succès d’un soir obtenus avec LFI risquent de compromettre les chances lors de l’échéance capitale.

Un avantage stratégique pour la droite

D’autant que le débat interne va repartir au PS, entre les tenants d’une primaire unioniste et ses adversaires hostiles aux mélenchonistes. Encore un cadeau fait à la droite qui, tout en léchant ses plaies, pourra ajouter du sel sur celles de ses adversaires, suspectés de continuer à préparer le lit de LFI. Même aux plus vertueux, la droite va tenter de coller le sparadrap du faux jeton. Pour mieux empêcher les socialistes d’empiéter sur le terrain centriste.

Hollande et Glucksmann mis en difficulté sur leur ligne, le terrain s’ouvre à nouveau pour un Édouard Philippe qui devrait être réélu au Havre et donc pouvoir rester dans la compétition présidentielle. C’est l’autre mauvaise nouvelle pour la gauche modérée. L’ancien Premier ministre est sans doute le seul capable de faire l’union du centre et de la droite derrière lui. S’il y parvient, une partie des électeurs de centre-gauche pourraient être tentés par un vote utile en sa faveur, pour être sûrs d’échapper à un second tour Mélenchon/RN.

Plus que jamais face à la montée des extrêmes, le jeu des candidats raisonnables se complique. Il devient désormais encore plus difficile à gauche, à cause des noces avec LFI. Un mariage qu’on n’ose appeler de raison et qui risque de connaître des lendemains qui déchantent.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse