Axel Kahn: l’homme en paix

par Valérie Lecasble |  publié le 27/01/2024

Disparu le 5 juillet 2021, le célèbre médecin-généticien se raconte, post-mortem grâce à un documentaire, « Axel Kahn, chronique d’une fin de vie apaisée »

D.R

Plus jeune des trois frères, derrière Jean-François, l’aîné et Olivier le deuxième, Axel Kahn vivra cette place de petit dernier comme un marqueur essentiel de sa vie. Né le 5 septembre 1944 au Petit-Pressigny dans le fief familial, il est laissé là en garde à sa nourrice pour ne pas souffrir des restrictions, lorsqu’à la fin de la guerre ses parents rentrent à Paris avec les deux aînés. Il y vit une enfance heureuse de campagnard choyé. Son retour à l’âge de 5 ans au bercail familial rue des Plantes dans le quatorzième arrondissement, est pour lui un arrachement presque un traumatisme.

Dans le très joli documentaire intitulé « Axel Kahn, chronique d’une fin de vie apaisée », le médecin-généticien se raconte, à partir d’images et d’interviews d’archives, selon le parti-pris de la réalisatrice, sa belle-sœur Rachel Kahn.  Le passage le plus puissant est celui du suicide de son père, Jean Kahn, un grand intellectuel pétri de philosophie et qu’il admire mais dont il peine à se rapprocher. Le divorce de ses parents quand il a dix ans sépare la fratrie, seul Jean-François, journaliste-écrivain-philosophe reste avec son père, Olivier et Axel, avec leur mère.

Médecin, il est appelé à l’âge de 25 ans à reconnaître le corps de son père qui a sauté par la fenêtre d’un train. Sur une banquette, une lettre à sa seule intention avec à la fin une injonction restée à jamais gravée dans sa mémoire : « sois raisonnable et humain ». Axel Kahn s’interroge, pourquoi lui, et quel message subliminal ? Est-ce en raison de son caractère radical qui l’a vu s’engager aux jeunesses communistes de son lycée ? Ces deux mots, raisonnable et humain, guideront le restant de sa vie.

La suite est plus connue : Axel Kahn devient un généticien de talent, avide de découvertes scientifiques dont celle, essentielle, du gène de l’hémochromatose qui provoque une surcharge en fer dans le sang. Il s’impose comme une grande figure reconnue de la médecine, s’oppose au clonage, et à Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci attribue une origine génétique à la pédophilie. Il se confronte sans succès à François Fillon aux élections législatives de 2012.

Il est surtout nommé président de la Ligue nationale contre le cancer en juin 2019, fonction qu’il occupe le matin du 17 mai 2021, lorsqu’il annonce à la stupéfaction générale au micro de Léa Salamé sur France Inter qu’il est lui-même atteint d’un cancer incurable.Il entre à l’hôpital le surlendemain et n’aura de cesse de témoigner dans la presse et sur son blog de ses impressions et sentiments, au fur et à mesure de l’évolution de sa maladie.

J’ai eu une belle vie nous dit-il et je m’en vais serein. Ce randonneur infatigable qui a traversé la France à pied à la rencontre de ses habitants raconte chaque jour la beauté de la nature et la richesse de la vie. Les commentaires, y compris de personnes malades, affluent sur son blog. Il décède le 5 juillet 2021 sans regret ni tristesse en ayant laissé un magnifique témoignage de courage et une belle leçon de vie.

Diffusion le 4 février à 22 h 40 sur France 5