Caucus : que risque Donald Trump?

par Emmanuel Tugny |  publié le 14/01/2024

Donald Trump reste le grand favori au  caucus de l’Iowa,  premier vote de la course à la présidentielle qui s’achèvera en novembre 2024.  Mais il a besoin d’une victoire écrasante pour ancrer son mythe d’invincibilité

Une pancarte de campagne dans la neige à l'extérieur du siège de campagne de l'ancien président des États-Unis et candidat à la présidentielle de 2024 Donald Trump à Urbandale, Iowa, le 13 janvier 2024 -Photo par Jim WATSON / AFP

Son chemin semble dégagé : son opposant républicain le plus vif, l’ex-gouverneur du New Jersey Chris Christie, s’est retiré de la course le 10 janvier ; mais il l’a ,en partie, fait pour entraver Trump qui devra s’échiner davantage si le nombre de ses rivaux se réduit.

Pour l’heure, l’ancien président, dont le populisme sans entraves effare autant le camp occidental qu’il inspire une partie du « sud global », vogue en tête des sondages devant Ron DeSantis, le gouverneur de Floride et Nikki Haley, ex-ambassadrice à l’ONU : son avance est évaluée en moyenne à 37 points.

Mais les sondages ne sont pas plus fiables aux USA qu’ailleurs et même si leurs estimations s’avéraient lundi, le score annoncé ne constituerait pas le plébiscite qui est nécessaire à Trump dans la perspective du « super Tuesday » du 5 mars et du congrès de l’été de Milwaukee, où le GOP 5 Grand Old Party) désignera son candidat.

En effet, l’affichage d’une radicalité sans borne rend nécessaire son triomphe interne : le moindre couac en Iowa, rappelant celui de 2016 où Ted Cruz, le gouverneur du Texas, avait contre toute attente battu Trump, serait susceptible d’insinuer le doute chez ceux qui cultivent le goût de l’invincibilité du chef.

Or, le fonctionnement des caucus, jadis moqués par Lewis Carroll, favorise l’obtention de résultats surprenants qui pèsent sur la campagne qui suit. Trump mesure le danger d’un résultat mitigé et il fait tout pour « encadrer » les choses en « formant » ses « caucus goers » aux règles byzantines du mécanisme vieux de 250 ans contre lequel il s’élève au motif que climat ou contraintes professionnelles des mandants peuvent en gauchir les résultats.

Face à un camp démocrate qui surjoue la sérénité, le camp républicain, sans être excessivement « agoniste », semble plus turbulent : l’opposition interne à Trump « existe » électoralement (la primaire du New Hampshire du 23 janvier semble à la portée de Nikki Haley qui recueille plus d’intentions de vote que Trump chez les électeurs modérés et les diplômés), une nuée de chefs d’accusation (91 !) menace sa campagne, les décisions du Colorado et du Maine de l’en exclure pour sédition doivent être évaluées par une Cour suprême qui, pour être trumpiste, n’en juge pas moins en droit. Et l’ancien président semble tiraillé, notamment sur la question de l’avortement, entre volonté de fédération de son camp et de rassemblement ultérieur…

En un mot, si la victoire de Trump semble acquise, elle doit être écrasante : le bon score d’un concurrent conduirait sans doute son camp à s’interroger davantage qu’il ne le fait sur la solidité d’une candidature dont il essaie pour l’heure de se convaincre en dépit de tout.