Cause toujours

par Bernard Attali |  publié le 20/01/2024

Le 24 janvier 2020 démarrait la pandémie en France. Quatre ans déjà ! Avons-nous tiré la leçon de cette immense crise ? On peut en douter

– La pandémie avait remis au premier rang les exigences de solidarité entre classes et milieux sociaux. Cette solidarité a-t-elle progressé ? Pas vraiment. Les passions identitaires sont de retour.

– Ce fut si violent qu’une réflexion profonde aurait dû s’imposer sur nos institutions de prévoyance face aux crises sanitaires. Cette réflexion est-elle engagée ? Les Chinois et les Russes joueront-ils le jeu ? L’OMS a-t-elle revu ses méthodes ? La réponse, hélas, n’est pas claire.

– Il est vite apparu qu’une intense coopération internationale était nécessaire sur la recherche et le partage des vaccins, pour les pays émergents, l’Afrique notamment. Est-elle seulement à l’ordre du jour ?

– L’économie a souffert, partout. Les pouvoirs publics sont intervenus « quoi qu’il en coute » pour éviter les faillites. Cela-a-il remis en cause le dogme de nos économistes hostiles à toute intervention de l’État dans l’économie ? Pas que je sache.

– En France, les pouvoirs publics ont dépensé quelque 300 milliards d’euros d’aides aux entreprises. Il eut été raisonnable de demander en contrepartie aux plus importantes quelques efforts lorsqu’elles ont fait d’importants profits. Allons donc : la plupart ont racheté leurs propres actions ! Cause toujours…

– Le chaos public a souligné l’importance d’une communication claire, précise et transparente de la part des pouvoirs publics avec la coopération des citoyens. La cacophonie qui a accompagné la réforme des retraites et la loi sur l’immigration le montre bien que la leçon n’a pas été retenue.

– La crise sanitaire a reposé la question : comment intégrer le souci du long terme dans la dépense publique. Comment faire en sorte que l’urgent ne l’emporte par sur l’important, la dépense de santé sur la construction de ronds-points ? Avez-vous vu nos politiques réfléchir à ce thème ? A-t-on reconstruit sérieusement le Commissariat au Plan ? Ce serait trop beau.

– Après une crise économique profonde, la recherche de souveraineté peut se comprendre. Mais souveraineté et souverainisme ne sont pas synonymes. Avez-vous entendu nos économistes calculer le cout des frontières qui se referment ? Si oui, lesquels ?

– La pandémie a accéléré la transformation numérique de la société. Bien. Mais où sera la frontière entre les algorithmes qui nous aident et ceux qui nous surveillent ? Ce débat n’est-il pas plus important que nos engueulades politiciennes ?

-Beaucoup de dirigeants d’entreprise ont remis en cause les organisations verticales : moins de circulaires venues d’en haut, plus d’autonomie au niveau du terrain. Qui en a tiré la leçon ? Pas grand monde.

– Le COVID a soulevé une nouvelle fois la question que chacun veut éviter: notre relation à la mort, à la finitude, à l’éphémère. Nos intellectuels, nos religieux, ont-ils remis ces questions au centre de nos vies ? En d’autres temps, des hommes de plume, d’État ou d’Église auraient relancé une telle réflexion. Ils sont muets.

Quatre ans déjà ! Triste anniversaire. Aldous Huxley disait en substance : peu de peuples savent tirer des leçons de leur propre histoire.