Ce que cache l’abaya

par Laurent Joffrin |  publié le 13/06/2023

Les arguties avancées pour justifier le port de cette longue robe de tradition musulmane dans les écoles n’est que la énième offensive religieuse contre la laïcité républicaine

Laurent Joffrin

Le Conseil français du culte musulman a déclaré que l’abaya, cette longue robe couvrant tout le corps- et la tête – de certaines femmes musulmanes – n’était pas un vêtement religieux. Étrange décision : l’abaya est l’un des moyens les plus radicaux d’obéir à l’injonction de « pudeur » faite aux femmes musulmanes par la doctrine coranique. C’est un peu comme si la fédération française de football estimait que le port d’un maillot, d’un short et de chaussures à crampons n’était pas une tenue sportive…

On dit que l’abaya est un vêtement traditionnel, notamment dans les pays du Golfe. Argument tout aussi spécieux : les monarchies du golfe sont des théocraties, leur législation est toute entière inspirée par leur interprétation du Coran, qui est, jusqu’à preuve du contraire, un livre religieux.

Le prince Salmane d’Arabie Saoudite lui-même a récemment indiqué que l’obligation de porter l’abaya, édictée dans son pays pour des motifs de piété, procédait d’une version trop rigoriste de l’islam.

Contre l’évidence, donc, le Conseil français du culte musulman nie le caractère religieux d’un vêtement issu directement d’une tradition… musulmane. Il appelle cheval un hippopotame, ou l’inverse, et pense peut-être que l’on gobera le leurre.

Pour une raison simple : si l’abaya n’est pas une tenue religieuse, on ne pourra plus la proscrire dans les salles de classe. On reconnaît ici la tactique classique de certains militants islamistes, souvent proches des Frères musulmans, qui cherchent depuis une vingtaine d’années à imposer la visibilité de l’islam dans les écoles de la République.

Rappelons donc ce que dit la loi républicaine. Conformément à la liberté de conscience et de culte, protégée par la constitution, le port de signes religieux ostensibles est libre dans la société française, chez soi, dans les lieux publics ou dans la rue. Il est en revanche interdit dans les écoles, conformément au principe de laïcité qui proscrit tout prosélytisme religieux au sein du système éducatif public.

Dès lors, point besoin de polémiquer longuement : aux demandes exprimées par une petite partie des élèves, il suffit de répondre que la loi de 2004, votée par une très large majorité par le Parlement de la République, continue de s’appliquer.

C’est en tout cas ce qu’un État démocratique cohérent – et courageux – devrait préciser, au lieu d’abandonner les professeurs dans une ambiguïté propre à tous les contournements et à toutes les chicaneries.

Laurent Joffrin