Cisjordanie : silence, on colonise

par Laurent Joffrin |  publié le 19/03/2026

Masquée par la guerre en Iran, une opération d’expulsion des Palestiniens par la force est en cours, à bas bruit, en Cisjordanie. Peu à peu, l’annexion demandée par l’extrême droite israélienne prend corps, au détriment de tout espoir de règlement pacifique dans la région.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Couverte par le fracas des bombardements en Iran ou au Liban et le bruit des missiles lancés par le régime des mollahs, la voix des Israéliens lucides est pratiquement inaudible. On lira pourtant avec intérêt – et indignation – la lettre ouverte de quatre anciens majors et brigadiers généraux de Tsahal, dont les extraits ont été publiés mardi par Le Monde. Ces militaires chamarrés, qu’on ne peut guère soupçonner de complaisance à l’égard du Hamas ou de l’Iran, membres de Commandants pour la sécurité d’Israël, une organisation qui rassemble plus de 550 officiers retraités, dénoncent sans ambages la « violence et le terrorisme » des colons juifs qui multiplient les attaques, parfois mortelles, contre des Palestiniens.

Les violences se multiplient en effet sur les territoires palestiniens occupés – fusillades, agressions, meurtres contre des familles entières perpétrés par les colons israéliens –, qui visent à chasser les Palestiniens de leurs terres, sans que les autorités israéliennes essaient même de les contenir. « Ce système, écrivent ces militaires, a des objectifs clairs : vider de larges zones de toute présence palestinienne par le biais de menaces, d’atteintes graves à la vie et aux biens, ainsi que d’émeutes et de pogroms purs et simples ». « Pogroms ! » Le mot est lâché, cruel pour la mémoire juive.

Une stratégie d’annexion progressive en Cisjordanie

Quoiqu’illégale et d’une rare brutalité, la guerre menée par l’aviation israélienne et américaine contre l’Iran et ses agents au Liban ou en Irak bénéficie d’un très large soutien en Israël et d’une prudence compréhensive de la part des Européens. Le pouvoir fanatique de la République islamique appelle depuis près de cinquante ans à la destruction de l’État d’Israël et fomente contre lui, à travers les menées du Hamas, des Houthis et du Hezbollah, toutes sortes d’agressions armées. Il ne peut s’étonner de voir ses ennemis désignés s’efforcer de le mettre hors d’état de nuire.

Très différente est l’attitude des autorités de Cisjordanie. Tout en réclamant l’indépendance – c’est la moindre des choses –, elles demandent à coexister pacifiquement avec Israël. Or, au lieu de les conforter, de manière à réduire l’influence du Hamas, toujours dominant à Gaza, le gouvernement Netanyahou laisse agir les colons implantés sur ce territoire, qui emploient des méthodes « pogromistes », avec la complicité tacite du gouvernement israélien. Cette impunité achève de discréditer l’Autorité palestinienne chargée de la sécurité en Cisjordanie, dont on dira ensuite qu’elle ne pèse plus rien pour refuser de négocier avec elle.

Un risque accru de conflit durable

Cette négation brutale de l’aspiration d’un peuple à avoir un État – aspiration que les Israéliens devraient comprendre, héritiers du peuple juif qui aspire à la Terre promise depuis des millénaires – aura peut-être des effets immédiats en permettant aux partisans du « Grand Israël » de progresser vers leur idéal conquérant. Mais comme on ne peut tuer une idée, même en tuant ses partisans, cette politique inique est le gage d’une guerre sans fin.

Laurent Joffrin