Climat : échec aux « décroissants »

par Laurent Joffrin |  publié le 26/12/2023

En 2022 et 2023, les émissions françaises de gaz à effet de serre ont nettement diminué, alors même que l’économie continuait de croître. Voilà qui contrarie certains prophètes de malheur.

Mauvaise nouvelle… pour les porteurs de mauvaises nouvelles. Il est de bon ton, dans le mouvement vert, de voir les choses en noir. À écouter certains prophètes de malheur, la France ne ferait rien ou presque pour limiter ses émissions de gaz à effet de serre ; elle foncerait donc à tombeau ouvert – en klaxonnant – vers l’impitoyable mur du dérèglement climatique. Et comme dans le film écolo-satirique Don’t Look Up, les responsables politiques se soucieraient du réchauffement comme de leur premier retournement de veste. En octobre 2021, l’association L’Affaire du Siècle a même fait condamner l’État français pour inaction caractérisée. Si bien que l’opinion désabusée finit par penser que « tout est foutu » et que rien, décidément, ne pourra conjurer le désastre annoncé.

Léger problème : depuis au moins deux ans, la réalité dément avec éclat ces sombres prédictions, pour la France, en tout cas. En effet, à l’inverse de l’idée reçue, les émissions de gaz à effet de serre (GES) y ont connu une baisse de 4,6% sur les neuf premiers mois de 2023 par rapport à la même période de 2022. C’est un organisme tout à fait sérieux, le Citepa, chargé de réaliser l’inventaire français des émissions, qui donne cette estimation. Sur le premier semestre, la baisse était déjà de 4,3%. Mieux : cette diminution fait suite à une baisse de 2,7% sur l’ensemble de l’année 2022.

Trois secteurs réputés rétifs à l’impératif écologique sont à l’origine de ce résultat : l’industrie (-9,3%), la production d’énergie (-9,4%) et les bâtiments (-7,5%). Moins civiques, les transports ont enregistré un bilan de – 1,8%. Si bien qu’à ce rythme (s’il est maintenu), la France a une bonne chance d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de GES qu’elle s’est fixé, soit une baisse de moitié en 2030.

Au même moment, le tribunal administratif de Paris a débouté vendredi dernier les ONG de L’Affaire du siècle qui demandaient qu’on inflige à l’État français une astreinte financière de 1,1 milliard d’euros pour inaction climatique. Dans son jugement, le tribunal estime que la « réparation du préjudice écologique a été tardive mais est désormais complète », jugeant que « l’Etat, conformément à l’injonction qui lui avait été faite, avait adopté ou mis en œuvre des mesures de nature à réparer le préjudice en cause ». Les associations soutenaient aussi que la baisse des émissions de gaz à effet de serre constatée en France s’expliquait surtout par la conjoncture – un hiver doux l’an dernier et la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine- et non par les actions de l’Etat. Le tribunal a jugé que ces éléments avaient « pu influer sur la baisse des émissions de CO2 », mais qu’il n’y avait « pas lieu d’en neutraliser les effets ».

Doit-on en conclure que le salut est assuré ? En aucune manière, bien sûr. Cette baisse doit d’abord se poursuivre au même rythme, ce qui suppose des efforts redoublés en matière de sobriété et de décarbonation de l’industrie et de la production d’énergie. Le secteur agricole, aussi bien, continue de causer des émissions d’une ampleur inquiétante, tandis que nos forêts malades absorbent de moins en moins de GES. Et surtout, si la France se comporte honorablement (grâce au nucléaire, notamment, elle est bien placée dans le classement des pays émetteurs de GES), beaucoup de pays, les États-Unis en tête, restent des pollueurs massifs, ce qui promet un avenir angoissant pour l’ensemble de la planète.

On doit néanmoins tirer deux leçons de cette réalité nouvelle. Contrairement aux affirmations de certains écologistes, il est d’abord possible de découpler pollution et croissance : nous venons de le faire. Les résultats plutôt encourageants de 2022 et 2023 ont été obtenus alors même que le PIB a continué de croître, à un rythme modeste mais incontestable. Ce n’est donc pas la récession qui explique la baisse – elle n’a pas eu lieu – mais, pour une grande partie, les efforts réalisés par toute la société en matière de décarbonation et de sobriété. Ce qui nous conduit à la deuxième leçon : la mutation écologique qui s’amorce lentement n’implique pas forcément l’appauvrissement moyen du pays (ce qui laisse entière la question des inégalités…) Autrement dit, les investissements nécessaires à cette mutation créent aussi de la production et le changement de la consommation n’entraînent pas forcément sa diminution. Voilà qui incite à méditer…