Deux mauvaises nouvelles, un espoir

par Laurent Joffrin |  publié le 16/03/2026

Il y a deux vainqueurs dans ce premier tour des municipales, le RN et LFI. Mais leurs adversaires, somme toute, ne s’en tirent pas si mal. Cette progression des extrêmes projette une ombre inquiétante sur la prochaine présidentielle. Mais les forces de la résistance républicaine sont là.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Première mauvaise nouvelle : en dépit d’incroyables outrances, d’une complaisance avec l’antisémitisme, d’une louche indulgence envers la violence de rue, LFI entre en force dans le jeu municipal. Deux grandes villes gagnées – Saint-Denis au premier tour, Roubaix sans doute au second – et une position d’arbitre dans de nombreuses communes, à commencer par Lille, Paris, Toulouse ou Marseille. La stratégie de la tension adoptée par Jean-Luc Mélenchon est ratifiée dans les urnes, au grand dam de tous les partisans d’une République rationnelle et apaisée.

LFI et RN renforcés au premier tour

Deuxième mauvaise nouvelle : le RN continue sa patiente conquête, dans le sud au premier chef, mais aussi dans de nombreuses communes petites ou moyennes. Le bruit et la fureur de Mélenchon le servent ? C’est l’inverse pour le RN, dont le chuchotement poli fait oublier ses racines anti-républicaines et ses compromissions avec l’ultra-droite. Il commence à projeter dans les villes ses scores mirifiques dans les sondages nationaux. Il espère maintenant continuer de siphonner une droite républicaine qui louche idéologiquement vers lui.

Les partis traditionnels résistent encore

Pourtant, bousculé par LFI, le PS n’a pas mis genou à terre : s’il sauve Paris, Lille, Marseille, Rennes, Nantes, Brest, Le Mans, tout en gagnant Strasbourg et quelques autres, il pourra se décerner un satisfecit. De même que la droite classique reste solide dans la France profonde et que son candidat potentiel, Édouard Philippe, a sauté brillamment l’obstacle de sa réélection au Havre.

L’ombre de la présidentielle de 2027

Tout n’est pas perdu, donc, mais un scénario horrifique gagne en vraisemblance : la montée du RN et de LFI donne corps au spectre d’un second tour Bardella-Mélenchon à la présidentielle. Le RN est déjà assuré de figurer dans cette finale. Quant à Mélenchon, loin d’être handicapé par ses outrances, il est encouragé par les électeurs à poursuivre dans une ligne radicale qui peut le conduire, au terme d’une des campagnes ardentes et inventives dont il a le secret, à devenir le challenger du RN au second tour.

Ce qui nous ramène à un défi déjà souvent évoqué : pour empêcher cela, dégager dans les six mois un ou une candidate capable de représenter la gauche de la raison. Le score de cette gauche dans cette municipale, PS en tête, montre que les bases électorales d’une telle candidature existent. Encore faut-il qu’elle émerge à temps…

Laurent Joffrin