Drogue à Marseille :  le quartier de La Paternelle libéré !

par Hervé Marchal |  publié le 20/01/2024

Marseille, ses dealers, ses rafales de kalach, ses morts, la guerre des gangs… et pourtant dans le quartier de La Paternelle, l’an passé au centre du chaos, le calme et la tranquillité sont revenus. Voici comment

31 mars 2023 - graffiti indiquant le prix des médicaments sur un mur du quartier de la Paternelle, dans les quartiers nord de Marseille- Photo Christophe SIMON / AFP

La cité phocéenne n’est pas délivrée du mal, tant s’en faut, mais la République y a retrouvé une partie de sa dignité. La méthode ? En pilonnant les points de vente installés dans cette « narcocité » du 14e arrondissement. Forces de police, CRS, police judiciaire, magistrats, tout le monde sur le pont, tous les jours. Il était temps.

Quelques chiffres… En 2023 cette guerre de la drogue a tué 49 personnes (300 morts en dix ans), fait 118 blessés très graves pour la plupart au cours de 150 fusillades (soit presque une tous les deux jours) ! L’enjeu de ce déchaînement de violence : un pactole de 200 000 € de recettes quotidiennes pour les quatre points de deal du quartier La Paternelle.  Ouverts tous les jours, 24h sur 24, ils étaientles plus rentables des 130 que compterait Marseille. Deux bandes, Yoda et DZ Mafia, s’y sont férocement combattues pour en prendre le contrôle.

C’est la situation stratégique de cette petite cité de 700 habitants qui explique son terrible attrait. Plantée en face du Marché d’intérêt national des Arnavaux doté d’une double desserte autoroutière à 500 m à peine, on pouvait aisément se fournir à l’une de ses entrées, transformée en « drive ».

Aujourd’hui blocs de béton et rochers, installés par la police, ont remplacé cette épicerie de drogue à ciel ouvert. Il n’y a plus d’allées et venues de clients en voiture, de guetteurs, de tirs et de morts. Pendant deux ans, les policiers sont venus tous les jours. Un travail obstiné, de longue haleine, mais payant. Au final plus de 80 personnes ont été placées en détention.

Les habitants, quant à eux, ont repris le cours d’une vie normale. Et le disent : « c’est calme », « on respire », « on peut sortir », « les dealers ont déserté », « on revit ». Bref » un vrai miracle ».

Les tags qui affichaient les tarifs de vente ont disparu, les murs ont été pour la plupart repeints, les trous provoqués par les tirs de Kalachnikov rebouchés, deux terrains de jeu de boules et un petit jardin ont été créés, le bureau du bailleur social Marseille Habitat a rouvert. Et la préfète de police des Bouches du Rhône, Frédérique Camilleri qui a innové avec sa stratégie du pilonnage, est à satisfaite, mais vigilante. « Cela fait plus d’un an qu’il n’y a plus de trafic à La Paternelle mais nous y restons très présents. Nous voulons nous assurer qu’aucun deal ne puisse reprendre ».

D’autant plus que les habitants de La Paternelle sont pour la plupart attachés à cette cité emblématique des quartiers nord. Cité construite à la hâte sur un terrain vague et devenue dans les années 1980 un ensemble HLM, La Paternelle est liée à l’histoire de l’immigration algérienne et espagnole. Et refuse d’entrer dans la mythologie criminelle de Marseille.

Reste que les homicides – appelés narchomicides -se poursuivent de manière presque inexorable. Ainsi dans le secteur de La Paternelle pourtant « nettoyé », on a déploré cinq meurtres entre janvier et juillet 2023. Dans l’arrondissement voisin, le 15e , à la cité La Castellane, des policiers de la BAC ont été agressés le 15 janvier dernier par des trafiquants de drogue qui n’ont pas hésité à lâcher un chien contre eux.  Ils ont été contraints d’utiliser des grenades de désencerclement et la préfète de police a dû envoyer sur place la CRS 81.

La bataille sera longue, très longue.