Du bon usage du glyphosate

publié le 11/11/2023

Comment mettre en question son interdiction sans passer pour un suppôt de Monsanto ? Tentative… Par Jacques Treiner

Pulvérisation de glyphosate "Roundup 720" fabriqué par le géant de l'agrochimie Monsanto, à raison de 432 grammes par hectare, à Piace, dans le nord-ouest de la France, dans un champ de maïs, près d'un parc éolien, le 23 avril 2021 - Photo JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Le glyphosate. Cette molécule, associée à des tensioactifs permettant de la fixer sur les feuilles des plantes, est connue sous le nom de Roundup. C’est l’herbicide le plus utilisé au monde : 800 000 tonnes par an dans 130 pays du monde. Il permet  la destruction des couverts végétaux sans labour – ce qui réduit la consommation d’énergie. Commercialisé à partir des années 1970 par Monsanto, le brevet est tombé dans le domaine public depuis 2000. Aujourd’hui, il est majoritairement fabriqué par les Chinois.

A première vue, la cause semble claire : le glyphosate a été reconnu en mars 2015 comme « cancérigène probable » par le CIRC, le Centre International de Recherche sur le Cancer. Il faut donc l’interdire, non ? Dossier suivant !

Arrêtons-nous pourtant un instant sur celui-ci, emblématique des difficultés à traiter une question de société où science et technologie sont impliquées.

Le diagnostic, d’abord. Depuis celui du CIRC, un panel d’experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture et de l’Organisation mondiale de la santé a conclu en mai 2016 qu’il est improbable que le glyphosate soit cancérigène par voie alimentaire. L’Autorité européenne de sécurité des aliments, ainsi que différentes agences nationales, chargées d’évaluer le risque sanitaire ont porté des appréciations semblables.

En fait, le CIRC précise que son avis caractérise le danger… pas le risque. La nuance est importante. Nous avons tous dans nos cuisines des produits dangereux, mais nous ne risquons rien si nous les utilisons correctement. L’eau de Javel est dangereuse, mais sans risque si on ne la boit pas. La caractérisation d’un danger résulte d’études de laboratoire menées notamment sur des animaux auxquels on administre de fortes doses du produit que l’on veut tester. L’évaluation d’un risque, pour sa part, tient compte de l’exposition des populations, c’est-à-dire des doses effectivement reçues lors d’un usage courant.

Lorsque le CIRC précise que l’estimation du risque pour la population générale n’est pas de son ressort mais de celui des agences de sécurité sanitaire, il signifie que son avis ne résulte pas d’études épidémiologiques.

La classification du CIRC comporte 5 catégories : cancérigène, cancérigène probable, cancérigène possible, ne peut être classé comme cancérigène, n’est probablement pas cancérigène.

Cancérigène, c’est le tabac, responsable en France d’environ 70 000 décès par an. La liste des cancérigènes probables comporte 360 substances, mélanges et types d’exposition. La plupart ont des noms de produits chimiques incompréhensibles pour vous et moi, mais on en trouve d’autres mieux connus : les rayonnements ultraviolets du soleil, les tables à bronzer, la combustion domestique du bois, la verrerie d’art, la viande rouge et les boissons chaudes au-delà de 65° (cancer de l’œsophage). On voit bien que ces cas-là relèvent de la prescription d’une modération des doses – et pas nécessairement d’une interdiction.

En réalité, la question du glyphosate dissimule une question bien plus vaste et bien plus difficile : celle du mode d’agriculture. Aujourd’hui, 2 agriculteurs sur 3 utilisent des herbicides, sur 68% des terres arables et 85% des grandes cultures. Une interdiction brutale du glyphosate se traduirait simplement par l’utilisation d’autres herbicides pouvant se révéler à terme plus dangereux ! La maîtrise du couvert végétal, techniquement possible, n’est qu’une composante d’un changement agraire majeur, avec notamment une diversification des productions, une légère baisse des rendements, plus de travail humain et moins d’intrants (engrais de synthèse, herbicides, insecticides, fongicides).

C’est ce changement progressif qui constitue réponse à la pollution des sols, dont le traitement est indispensable..

Jacques Treiner, physicien

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