Éducation : le choc des savoirs, le poids des mauvaises réponses

par Jean-Paul de Gaudemar |  publié le 09/12/2023

Face au sale tour de l’enquête PISA qui révèle les mauvais résultats du système éducatif français, le ministre de l’Éducation nationale présente un plan… qui ne règle rien

Gabriel Attal, est un ministre de l’Éducation nationale intelligent et politiquement malin. Il connaissait l’échéance de la publication des résultats de PISA (cette évaluation des compétences des élèves de 15 ans en français, maths et culture scientifique menée par l’OCDE. Il savait aussi qu’à la suite du COVID, ces résultats seraient sans doute mauvais. Il devait donc préparer une riposte immédiate. La conférence de presse qui a permis d’annoncer son « choc des savoirs » s’est tenu dans l’heure qui suivait ou presque la publication des résultats de PISA. Difficile de faire mieux en termes de timing politique!

Malheureusement, Gabriel Attal se trompe sur le diagnostic. C’est moins le niveau de l’école française qui baisse (comme dans pratiquement tous les autres pays de l’enquête) que le poids des inégalités qui augmente. À part la Belgique, de tous les grands pays européens, la France est celui où les écarts entre les performances des élèves les meilleurs et des plus faibles sont les plus grands. Pour resserrer cet échantillon, une seule méthode, accentuer les efforts en faveur des plus faibles.

Le ministre se trompe aussi sur les solutions. Passons sur le redoublement, simple clin d’œil à la droite et aux nostalgiques de « l’école d’avant ». Toutes les études démontrent depuis longtemps qu’il est inefficace et générateur à terme de décrochage scolaire. Sauf à ce qu’il soit accompagné d’un soutien considérable qui n’a jamais lieu. Ce qui implique que, si soutien il y a, comme le prévoit le ministre avec ses « groupes de niveau », le redoublement aura encore moins de raison d’être !

Quant à ces groupes de niveau que d’aucuns croient parfois être des « solutions de bon sens », l’expérience montre là aussi qu’il est très facile et donc très dangereux d’en faire rapidement des filières de relégation. Surtout si l’on parle de « classes de niveau ». L’idée reste intéressante si l’on considère qu’il s’agit de groupes, et non de classes, à vocation temporaire permettant à l’élève de ne pas être isolé de sa classe. Mais comment le ministre peut-il ignorer que cette méthode est déjà souvent pratiquée en réseaux d’éducation prioritaire par un grand nombre d’établissements pour des groupes désignés plutôt comme « groupes de besoin » ?

Le reste des mesures annoncées est pour l’instant anecdotique. L’obtention du brevet sera désormais obligatoire pour l’entrée au lycée général et technologique (aurait-on oublié le lycée professionnel ?) n’a guère de sens à constater les taux de réussite actuels.. Sauf peut-être sur un point : la consécration de la distinction entre l’école de base école (primaire et collège) dont depuis 2006 l’objectif est l’acquisition du « socle de compétences de base », et sa suite (lycée et enseignement supérieur).

Reste la question essentielle non abordée par le ministre : celle des enseignants pour accomplir tout cela. Non seulement parce qu’en français et en maths, ils sont difficiles à recruter, mais parce ces actions de soutien exigent des compétences spécifiques. D’où l’absolue nécessité d’une évolution importante dans la formation des enseignants qui redonne du sens à ce que l’on pourrait appeler un véritable apprentissage pratique du métier que ne remplacera jamais la culture universitaire du plus haut niveau.

En un sens, Attal a été très clair sur ses objectifs visant à rassurer « les classes moyennes ». Aurait-il toutefois oublié les classes populaires qui n’ont, elles, que le collège comme nourriture intellectuelle et culturelle ?

Prochaine étape : après la mort du « collège uniforme », l’uniforme au collège ?