Faire la police dans la police

publié le 27/03/2023

« Violences policières » : sortir de la propagande.

Loin des invectives croisées, il existe un moyen simple de réduire le nombre des fautes policières et de rétablir la confiance entre population et forces de l’ordre.

Les Brigades de repression des actions violentes motorisées (Brav-M) Photo by Benoît Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

La polémique est primaire, binaire, caricaturale : pour le gouvernement, pour les médias
conservateurs, la responsabilité des violences qui émaillent la protestation contre la réforme
des retraites pèse sur les manifestants ; pour la plupart des opposants, ce sont les
« violences policières » qui expliquent la dureté des affrontements. Alternative simpliste, qui
mérite éclaircissement, recul et – osera-t-on le mot ? – nuance.

Mépris, brutalité, vengeance, menace de sévices divers,
c’est toute la panoplie du flic-voyou qui est déployée pendant de longues minutes
d’invectives. Le préfet de police Laurent Nunez a annoncé l’ouverture d’une enquête,
l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) est saisie, les condamnations sont
unanimes. Faute évidente, donc, faute grave, qui mérite sanction.

Une bonne partie des manifestants se sont organisés de longue
main pour attaquer d’emblée les gendarmes à coups de pierres, de boules de pétanque et de cocktails molotov

Les mêmes, ou leurs porte-parole, dénoncent ensuite la riposte à grands renforts de philippiques indignées et de condamnations définitives. Hypocrisie totale.Rappelons qu’il était un moyen fort simple d’éviter les heurts et de protéger les
manifestants de Sainte-Soline : défiler dans le calme, comme la loi le prescrit, et s’abstenir de toute agression envers les forces de l’ordre. En choisissant cette voie, les protestataires
eussent évité des dizaines de blessures, dont plusieurs très graves, qui ont laissé les victimes entre la vie et la mort.


Mais dans ce cas, bien sûr, la couverture médiatique eût été bien moindre et les
mouvements organisateurs infiniment moins visibles. Il y a là une tactique délibérée, fondée
sur un cynisme militant injustifiable, sauf à compter sur la multiplication des victimes pour
faire avancer la cause. Il est vrai que ces agissements sont le plus souvent le fait d’habitués
de la provocation, réunis dans ce mouvement informel et violent qu’on appelle les black-
blocs.

Ces professionnels de la casse et de l’agression anti-policière se réclament d’un
anticapitalisme confus. Ils croient affaiblir « le système » quand ils vandalisent des boutiques
ou jettent des pavés sur la police, alors que ces actes dangereux, criminels, n’ont d’autre
effet que d’affaiblir le mouvement social et donc de favoriser le « système » qu’ils
prétendent abattre.

« Face aux black-blocs, qu’est-ce qu’une police qui use de moyens similaires, emploie le langage du milieu et professe les mêmes méthodes ? Un autre « black-bloc ? »


On dénonce les « violences policières ». Le terme est confus. Il mêle violence légitimes et
illégitimes. Il accrédite l’idée qu’il existe une violence institutionnelle systématique, favorisée

ou admise par l’État. Il jette l’opprobre sur toute une profession, alors même que le recours
légal à la force est légitime ; seules les « violences illégales » dont condamnables. Autrement
dit, les policiers et les gendarmes, pour réaliser leurs missions de sécurité, ont le droit de
recourir à la force, s’ils le font dans le cadre des lois (que dirait la gauche, d’ailleurs, si la
police s’abstenait de le faire en cas de menace violente de l’extrême-droite ?).

Ce recours est mentionné à l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il est destiné à protéger les droits et les libertés, par exemple le droit de manifester en paix.


Mais du coup, parce ce qu’ils représentent la République, les policiers usant de la force ont
un devoir d’exemplarité supérieur à tout autre citoyen. C’est pourquoi les fautes policières
doivent être sanctionnées sans faiblesse. D’où la nécessité de prévoir des mesures qui
garantissent mieux cette exemplarité :  plus de transparence, pour plus de confiance entre
police et population.

Depuis six ans, le défenseur des droits a réclamé des poursuites disciplinaires dans 36 dossiers. Aucune n’a été suivie d’effet


Mais c’est surtout l’articulation entre l’Inspection Générale de la Police Nationale et le
défenseur des droits qui doit être revue. Aujourd’hui, le défenseur des droits est compétent
pour mener des enquêtes et prononcer des avis en sus de l’IGPN. Au détriment de la police ?

En aucune manière. En 2019, au moment du mouvement des « gilets jaunes », le nombre de
dossiers liés à la « déontologie de la sécurité » reçus par le défenseur des droits avait
augmenté de 30% en 2019 ; loin de tout prendre pour argent comptant, les services du
Défenseur des droits ont conclu à un manquement des forces de l’ordre dans seulement
10,7% des cas.

Aucune volonté, donc, de charger les policiers. Malheureusement, force est
de constater que ces avis ne sont jamais suivis par le ministère de l’Intérieur.
Depuis six ans, le défenseur des droits a réclamé des poursuites disciplinaires dans 36
dossiers. Aucune demande n’a été suivie d’effet.


Il faut donc aller plus loin : les enquêtes sur les dérapages de la police doivent se dérouler
sous l’égide d’une autorité administrative indépendante, comme au Royaume-Uni.
Cette entité à vocation interministérielle pourrait être composée d’agents du défenseur des
droits et d’autres personnels qualifiés.

Elle aurait pour mission de superviser le travail de l’IGPN, qui ne serait plus soumise à l’autorité hiérarchique de la direction de la police, ce qui jette toujours un doute sur son impartialité, mais à celle de l’instance indépendante.


Dès lors, le citoyen victime de violences illégales de la part de la police aurait l’assurance que ces agissements ne resteront pas impunis. Et l’action policière aurait lieu dans un cadre stable et reconnu, ce qui favorisera son efficacité et confortera son image auprès de la population.

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Faire la police dans la police


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