François Bayrou l’homme qui en voulait trop

par Yoann Taieb |  publié le 10/02/2024

 François Bayrou pensait son heure venue pour un retour au gouvernement. Trop gourmand ?

François Bayrou dans son bureau de maire à la mairie de Pau - Photographie Quentin Top / Hans Lucas

Ce lundi 5 février, le maire de Pau apprend qu’il a été relaxé par la justice. Immédiatement, il fait la tournée des plateaux et des radios pour signaler qu’il est disponible pour un poste de ministre. Face au président et au Premier ministre, il leur fait comprendre qu’il veut être le numéro deux du gouvernement. Autrement dit, passer devant Bruno le Maire et Gérald Darmanin. Ce qui revient à court-circuiter Gabriel Attal, puisqu’avec son expérience et son statut de partenaire privilégié du président, François Bayrou eût été un Premier ministre officieux ne rendant des comptes qu’à l’Élysée.

Le président du MoDem n’est de toute façon pas tendre avec Attal qu’il juge trop jeune et ambitieux. Dans la course pour 2027, c’est surtout un rival de plus qui complique l’équation politique pour le centriste qui rêve tout haut de présidentielle. Une raison pour militer en faveur de la nomination de Julien Denormandie à Matignon, qui n’affiche pas d’ambition politique à ce niveau.

Le président refuse les demandes de Bayrou, lequel prend les devants : plutôt que de laisser le clan présidentiel imposer son récit dans les médias, le leader centriste publie rapidement un communiqué de presse sec et direct pour expliquer ses désaccords. En filigrane, il fait comprendre qu’il refuse de voir des anciens de l’UMP et du clan Sarkozy au gouvernement.  Il a toujours été un solitaire, traçant sa voie et croyant à son destin personnel.

Ce même mercredi soir, au cours d’un diner chez le ministre de l’Agriculture et éternel compagnon de route, Marc Fesneau, entouré de députés modem, on évalue les principaux enjeux : rester dans la majorité ou en sortir, rester au gouvernement, rompre avec le président. Son camp est divisé. Ses plus proches suivent Bayrou et pensent que cette « crise » est nécessaire pour faire exister l’hypothèse de sa candidature en 2027 : « On arrive à la moitié du quinquennat, à un moment donné, pour qui veut exister en dehors de Macron, il faudra faire quelque chose de fort. Bayrou a donné le premier coup. », analyse un collaborateur parlementaire centriste.

Mais, d’autres députés ne voient pas cela d’un bon œil, par peur de perdre leur influence : « Il demande trop et veut trop, il veut carrément la place d’Attal », quand un autre le voit comme « le début de la présidentielle 2027. Il est libre, Macron perd de la valeur alors, il lance enfin les grandes manœuvres dans l’opinion pour dire que le centre aura son candidat. Attention à ce qu’on ne perde pas les arbitrages à l’Assemblée pour nous punir ! »

Jean-Louis Bourlanges, député et président de la commission des affaires étrangères, a rédigé un communiqué cinglant pour exprimer son désaccord avec le comportement de Bayrou qu’il juge « inepte et moralement dégradant. » Il l’avait déjà fait après la présidentielle de 2007, pointant l’égo du Béarnais. Beaucoup de cadres avaient, alors, quitté le parti. En 2017, il avait fallu les rappeler en urgence pour présenter des candidats aux législatives. Eux, désormais, ne se sentent plus du tout redevables.

Bayrou, donc, est revenu dans l’arène politique. Sauf que ce jeudi 8 février, le parquet a fait appel de sa relaxe dans le procès des assistants parlementaires. Le voilà reparti pour quelques années de procédure judiciaire. Son horizon personnel, un instant dégagé, s’assombrit à nouveau. Définitivement ?