Gabriel Attal à  Matignon : déluge d’insultes sur le perron

par Yoann Taieb |  publié le 13/01/2024

Le nouveau Premier ministre à peine nommé doit faire face à un torrent de commentaires homophobes et antisémites

Portrait de Gabriel Attal, premier Ministre - Photographie Xose Bouzas / Hans Lucas

Il n’aura pas fallu bien longtemps pour voir surgir les attaques contre le nouveau Premier ministre. Bien des critiques semblaient possibles sur son jeune âge, donc son manque d’expérience, sans parler bien sûr de ses choix politiques ou de son bilan. Hélas, certains ont jugé plus utile de pointer son orientation sexuelle et son supposé judaïsme. « Attal » est en effet un nom sépharade, celui de son père, alors que sa mère est une Russe orthodoxe.

La première déclaration, plus qu’ambigüe, a été avancée le 9 janvier sur LCI par Guillaume Roquette, respectable directeur du « Figaro Magazine », qui a expliqué sa nomination par un argument passablement tordu : « L’homosexualité de Gabriel Attal est un élément qu’il ne faut pas négliger pour Macron. L’un de ses leviers, c’est l’émancipation. Attal par ses choix en est un reflet. »

Déchainement

Du côté de l’extrême-droite, sans surprise,  on s’est déchainé.Alain Soral, essayiste, condamné à de multiples reprises pour provocation à la haine raciale et apologie de crimes de guerre, a qualifié Gabriel Attal de « sépharade et pédé », ajoutant « comme la précédente (Élisabeth Borne NDLR) était ashkénaze et gouine ». Ces éructations lui ont valu la suspension de son compte par X.

Rappelons au passage que David Guiraud, député LFI, disait fièrement, dans un portrait de « Libération », que Soral (et Dieudonné) avaient participé à sa politisation sur le sujet israélo-palestinien. Une proximité idéologique insoupçonnée…

L’extrême- gauche a émis elle aussi quelques glapissements.  L’avocat Juan Branco, médiatisé par plusieurs scandales, qui exprime pour Gabriel Attal une inimitié sans faille, a publié de longs messages sur les réseaux où il critique son manque « d’intellectualité, de rapport au monde et d’expérience d’un quelconque réel », dénonce son « ambition sans bornes et sans scrupules qui le consume et le dévore depuis qu’il est enfant, l’empêchant à tout rapport à l’autre et à toute pensée ». Branco, lui, se gardant bien de toute ambition…

Du côté de Médiapart, plus vicieusement, on pense que Gabriel Attal est un « homosexuel acceptable », dans la mesure où il ne milite pas, et qu’il « ne saurait être suspect de menacer l’autorité de l’État avec des revendications minoritaires. C’est à ces conditions que lui sont ouvertes, en grand, les portes du pouvoir. » Les plus idéologues estiment qu’Attal est l’équivalent d’un « pansement gay », qui masque difficilement l’autoritarisme du président Macron et ne l’empêchera pas de mener des politiques antisociales. Sous-entendu, ils ne donneront pas de blanc-seing à Attal juste parce qu’il est homosexuel. On est rassuré…

Sans équivoque

Retour à droite toute. Philippe de Villiers s’est fendu, d’un tweet sans équivoque : « La nomination de Gabriel Attal pour remplacer Pap Ndiaye est la catastrophe de l’été : c’est le passage du woke au LGBT. Attal est un militant, un membre éminent du groupe Bilderberg partisan de la rééducation nationale. Macron a rendu son devoir de vacances : changer de société. »  Le Vendéen fait ses délices du complot liant la « finance juive » à l’influence d’un « lobby homosexuel ».

Une députée européenne RN Virginie Joron lui a emboîté le pas, puisqu’elle a publié un message, rapidement supprimé, décrivant un Premier ministre « adoubé par l’élite mondialiste de Bilderberg en 2023 ».

Le délire se précise, amalgamant judaïsme, pouvoir, argent et pourquoi pas homosexualité. Sauf que l’allusion au groupe Bildeberg est ridicule. Certes, il réunit des habitués des cercles du pouvoir. Mais « Bilderberg » n’est pas le nom de quelque grande famille askénase, mais celui… d’un hôtel d’Oosterbeek aux Pays-Bas. Aucune importance pour les colporteurs de théories paranoïaques !