Gauche : ceux qui ont dit non
Ils n’ont pas tous choisi de s’allier à LFI. À Marseille, Benoît Payan a fait plier Delogu, qui a dû se désister. À Paris, Emmanuel Grégoire refuse tout accord. Le premier paraît assuré de l’emporter, le second est en risque. Et à Nantes, Johanna Rolland reste bousculée malgré son accord avec les Insoumis. Trois leçons pour la présidentielle.
Il n’est pas au Parti socialiste, mais son profil social-démocrate s’est imposé lorsqu’il a fallu remplacer au pied levé Michèle Rubirola, élue maire de la ville en 2020 par le Printemps marseillais. On savait Benoît Payan malin, capable d’attendre son heure. On le découvre audacieux et coriace. Lundi en effet, c’est lui qui, le premier à gauche, a dit non : il ne s’alliera pas aux Insoumis au second tour des élections municipales à Marseille. Malgré les appels du pied répétés de l’Insoumis Sébastien Delogu, il ne cèdera pas.
Refuser l’alliance avec LFI peut payer
Pourtant, avec seulement 1,5 point d’avance sur son adversaire Franck Allisio, la menace de défaite est réelle. Et les 11,9 % de Sébastien Delogu lui auraient assuré la victoire. Mais tout au long de la campagne, les coups portés ont été trop rudes et les injures trop graves pour qu’il accepte de fusionner. C’est donc sans LFI qu’il conduira « le plus grand combat que cette ville ait mené contre le Rassemblement national », dans « l’union, la clarté et le rassemblement ».
Voilà une détermination qui fait du bien à entendre. À écouter Benoît Payan, on comprend qu’il met dans le même sac les outrances du RN et de LFI, coupables à ses yeux d’antisémitisme et de racialisme. La solidité de ses convictions se révèle rapidement payante : dès le lendemain, Sébastien Delogu se désiste sans contrepartie, hormis peut-être quelques places dans les secteurs de la ville. Sans Delogu dans les pattes, Benoît Payan devient largement favori. Le RN s’inquiète et réclame la contrepartie à la LR Martine Vassal qui, au contraire, se maintient pour bloquer la victoire de l’extrême droite.
La force du refus de Payan est une belle leçon de politique : on peut dire non et gagner sans LFI. Les circonstances lui sont, il est vrai, favorables : Jean-Luc Mélenchon ne pouvait livrer sur un plateau la deuxième ville de France à l’extrême droite à un an de la présidentielle.
Des paris risqués dans d’autres villes
À Paris, Emmanuel Grégoire a choisi de faire le même pari. Pour ne pas se compromettre, le candidat socialiste a refusé de s’allier à Sophia Chikirou, qui se maintient et menace, avec son score de 11,72 %, l’avance de 12,5 % qu’il avait prise sur Rachida Dati. L’Insoumise met donc en risque sa victoire au moment où Sarah Knafo et Pierre-Yves Bournazel se sont désistés pour Rachida Dati. Pour qui voteront leurs électeurs au second tour ? De la réponse à cette question réside la clé d’une élection encore trop incertaine pour en tirer les leçons. Même si Rachida Dati apparaît aujourd’hui trop clivante pour l’emporter.
À Massy enfin, le candidat socialiste, proche de Jérôme Guedj, a lui aussi dit non à l’alliance de toute la gauche lancée par Générations et LFI. Il laissera le candidat de droite, arrivé largement en tête à plus de 45 %, gagner, pour tenter de reconstruire ensuite une gauche républicaine.
L’alliance avec LFI ne garantit pas la victoire
Le troisième scénario est celui qui consiste à s’allier à LFI et… à perdre. Il n’est pas absurde à Nantes où la décision de Johanna Rolland, par ailleurs numéro deux du Parti socialiste, de s’allier à LFI a provoqué une bronca. D’abord, la démission de Bassem Asseh, son bras droit en charge de la sécurité, première préoccupation des Nantais, est un clair désaveu de sa stratégie. Arrivée, comme Benoît Payan, à 1,5 point seulement devant son adversaire de la droite unie, Foulques Chombart de Lauwe, la maire socialiste espère récupérer ainsi les 11,20 % obtenus par le candidat insoumis.
Mais là encore, les électeurs la suivront-ils ? Interrogés, nombre d’entre eux se disent décontenancés, voire en colère. Comment comprendre que le PS s’interdise toute alliance nationale avec LFI et que leur maire se conduise à l’inverse, en passant un accord avec eux ?
Comme 1 + 1 font rarement 2, on peut s’attendre à une déperdition non négligeable de leurs voix dans une ville où la bataille est à couteaux tirés.
Trois enseignements pour 2027
De tout cela, il ressort qu’il vaut mieux camper sur des convictions claires et solides plutôt que de faire de la tambouille électorale et se contredire à tout bout de champ. « Ils n’ont pas de convictions, ils ne pensent qu’à leur petite victoire personnelle » devient la phrase la plus entendue. À quelques jours de l’issue finale, la crainte est que tout ce qu’il reste de ces élections municipales soit un dégoût encore plus prononcé qu’avant des Français pour les hommes politiques. À une année de la présidentielle, danger !



