Gaza : premier bilan

par Laurent Joffrin |  publié le 22/11/2023

Le gouvernement Netanyahou devrait réussir à ramener sur son sol une cinquantaine d’otages : bonne nouvelle au milieu d’un cortège de désastres. Mais le prix payé par Israël ne saurait être sous-estimé.

Amère victoire… Mis sous pression par les familles des otages, le gouvernement israélien est en passe d’obtenir la libération d’une cinquantaine d’entre eux enlevés le 7 octobre par les terroristes du Hamas. Qui ne se réjouirait de voir sauvés ces innocents, des femmes et des enfants principalement, cruellement happés par un ennemi prêt à tous les crimes pour faire avancer sa cause ?

Mais qui peut, aussi bien, négliger le prix payé par Israël ? La libération d’un nombre trois fois supérieur de Palestiniens retenus en prison, parmi lesquels se trouvent par nature d’autres combattants du Hamas ; une trêve qui permettra d’épargner des civils, mais laissera le temps à l’organisation terroriste de commencer à se réorganiser ; quelque deux cents otages toujours retenus à Gaza et dont la libération coûtera de plus en plus cher ; la consécration du Qatar, intermédiaire cynique qui joue sur tous les tableaux ; la reconnaissance du Hamas comme interlocuteur, au moment même où l’armée israélienne promet sa destruction.

Après un mois de guerre implacable, les soldats israéliens sont loin d’avoir atteint leurs objectifs. Le Hamas est toujours là, terré dans les sous-sols ou replié au sud de Gaza, alors même qu’il a fallu, pour entamer très partiellement ses forces, raser une bonne partie de la ville et tuer des milliers de civils. Et même s’il est facile de porter un jugement à des milliers de kilomètres de là, aucune argumentation ne peut effacer un fait certain : en raison de l’ampleur des pertes civiles, l’opération israélienne, de quelque manière qu’on le tourne, est contraire aux conventions internationales.

Ce qui n’atténue en rien les responsabilités des chefs du Hamas, auteurs d’un crime barbare, totalement étrangers à toute considération humaine, qui ont attiré le malheur sur la population de Gaza et pratiquent par la tactique des otages un chantage qui s’apparente au gangstérisme et non à la logique militaire, violant ainsi les premiers, consciemment et d’emblée, toutes les lois de la guerre.        

Ce bilan terrible doit aussi faire réfléchir. En fermant la porte à toute négociation, en poursuivant sa politique du fait accomplie en Cisjordanie, la droite israélienne, qui pensait la question palestinienne effacée par les accords d’Abraham, a préféré les risques de la guerre à ceux de la paix. Ces risques se matérialisent aujourd’hui de la plus tragique des manières, même si l’armée israélienne a démontré une nouvelle fois sa supériorité écrasante face à un ennemi qui ne dispose ni de blindés, ni d’armée opérationnelle, ni d’aviation, ni de moyens efficaces de surveillance et de renseignement.

Devant ces réalités nouvelles et cruelles, l’option de la négociation renaîtra-t-elle parmi les dirigeants israéliens ? Dans les circonstances présentes, les obstacles qui se dressent sur le chemin du compromis – non avec le Hamas, mais avec un nouveau pouvoir palestinien – paraissent insurmontables. Mais nous avons sous les yeux l’autre branche de l’alternative : dans son horreur sanglante et terrifiante, la guerre toujours recommencée.