Immigration: le mirage albanais

par Marcelle Padovani |  publié le 18/11/2023

Au mépris de toutes les règles internationales,  Giorgia Meloni annonce qu’elle exportera son trop-plein de migrants … en Albanie 

Italian Prime Minister Giorgia Meloni talks to the press after the EU-Western Balkans summit in Tirana, on December 6, 2022. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Giorgia Meloni, présidente du conseil italien, a offert à l’Europe, le 6 novembre dernier, un « modèle » pour évacuer les pressions politiques de la crise migratoire. Il est vrai que la péninsule a vu débouler sur son sol pas moins de 147 000 candidats à l’expatriation depuis le début de l’année. «  Miraculo ! » s’exclame-t-on, à l’ extrême-droite.

L’idée serait d’expédier 36 000 migrants par an vers les côtes albanaises, de l’autre côté de l’Adriatique.  Deux centres d’accueil y recevraient les malheureux récupérés en pleine mer par des garde-côtes italiens. Il ne s’agira en aucun cas d’une exportation de main d’œuvre en contradiction avec les accords de Dublin qui exigent que la première terre d’accueil du migrant –  le pont d’un navire italien  – soit celle qui le prend en charge. « La Meloni » a contourné l’obstacle en achetant deux hectares de territoire albanais.

Ce petit bout d’Italie au « pays des Aigles » deviendra, un appendice de la péninsule, administré par des fonctionnaires flanqués de médecins et de policiers italiens. Tous logés, nourris et rémunérés par Rome. En fait, il ne s’agira que d’un vaste centre de tri où seront sélectionnés les chanceux qui auront droit à l’accueil en Italie et les autres qui devront être réexpédiés vers leur terre d’origine. L’Albanie espère que sa complaisance lui vaudra l’aide de Rome pour sa candidature à l’Union européenne.

La solution est presque trop belle. Alors, les médias -mauvais esprit ! –  doutent. C’est que le « miracle » coute cher, découvre le quotidien « La Repubblica ». D’abord 3 000 migrants par an et non pas 36 000 seraient gérés par les deux « hubs ». Il faut, en effet, environ un an pour vérifier l’identité, la situation, d’un demandeur d’asile. Ensuite, l’affaire coutera par an au contribuable quelques 116 millions d’euros. Une somme équivalente à sa prise en charge directement sur le sol italien.

Tout ça pour ça ? Reste à savoir à quoi sert vraiment cette annonce et le tapage politico-médiatique qui va avec.  En fait, il s’agit d’une opération de communication destinée à faire grimper le gouvernement Meloni dans les sondages en démontrant son efficacité face à la déferlante migratoire qu’elle avait d’ailleurs promis de stopper.

Les élections européennes approchent. Il est donc temps, pour « la Georgia », de lancer une offensive de démagogie souverainiste anti-migrants. Le but étant de masquer son incompétence au pouvoir. Romano Prodi, ex-président du conseil, a tranché : « Giorgia Meloni n’a pas la moindre idée de ce que peut-être une véritable politique d’accueil, alors elle choisit la comédie ».

Hélas, d’autres chefs de gouvernement européens sont tentés par le « modèle Meloni ». Tel le chancelier allemand Scholz titillé par l’idée d’un possible débouché « albanais » à la question migratoire. Avec, lui- aussi, des arrière-pensées électorales, évidemment.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome