Rivarol : pronazi et fier de l’être

par Yoann Taieb |  publié le 10/02/2024

Journal étendard de l’extrême extrême-droite française, Rivarol entre en scène grâce à… la Star Academy !

Capture écran

Samedi 3 février, 22 h, la finale de la Star Academy bat son plein sur TF1. Un des finalistes, Julien, chante avec Patrick Fiori. Derrière, deux danseurs figurants s’échangent un journal. Et quel journal ! Rivarol, feuille d’extrême-droite virulente, antisémite, négationniste, admirative du national-socialisme. Ce torchon porte le nom d’une légende contre-révolutionnaire Antoine de Rivarol, monarchiste voltairien qui n’en mérite pas tant.

Sur le plateau, aucune réaction. Sur Twitter-X , seuls les militants s’énervent. Endemol, la société productrice de l’émission a lancé une enquête. En pariant que l’immense popularité du gagnant de l’émission, Pierre Garnier, dont le premier single est déjà en tête sur les plateformes de streaming, fera oublier l’incident.  

Le journal a été fondé en 1951 par René Malliavin, avocat, journaliste, secrétaire particulier du président de la IIIe République Paul Deschanel et, surtout, collaborationniste, fidèle du régime de Vichy et du Maréchal Pétain. Il milite pour l’amnistie de tous les collabos.

« Nous ne supporterons jamais que sur notre continent, l’étoile juive éclipse le soleil aryen. »

Le titre considère le procès de Nuremberg comme une farce.Les violences de guerre des alliés sont dénoncées. La Résistance est décrite comme un « groupe d’aventuriers barbares » ayant ponctué leur épopée par une « épuration sanglante ». Le 7 juin 1951, on lit dans ses colonnes : « Nous ne supporterons jamais que sur notre continent, l’étoile juive éclipse le soleil aryen. » Le ton est donné.

Rivarol déteste pêle-mêle : le général de Gaulle escroc « résistancialiste », la République symbole de la déchéance française depuis 1789. Jérôme Bourdon, directeur de la publication, va plus loin encore. À propos du conflit au Moyen-Orient, il écrit : « quand on voit les Palestiniens se faire ainsi massacrer dans l’indifférence générale, comment ne pas avoir une pensée émue pour un défunt chancelier ? On pense à toi Tonton, on t’aime et on te regrette ! » (NDLR : « tonton » , c’est le pseudonyme Hitler, ainsi surnommé pour éviter la censure.. » En 2014 pendant l’affaire Dieudonné-Valls, il dénonce « l’offensive juive » qui veut « enfiler de force » un costard de nazi à Dieudonné.

« Triste époque, les gens ne croient pas en Dieu, mais ils croient aux chambres à gaz sans les avoir vues »

Jérôme Bourbon, ancien du Front National et de l’Œuvre française, mouvement ultranationaliste. Condamné plusieurs fois pour contestation de crimes contre l’humanité note en 2015, « Triste époque, les gens ne croient pas en Dieu ni en l’enfer, mais ils croient aux chambres а gaz sans les avoir vues » Des plumes connues sont sollicitées. Comme Pierre-Antoine Cousteau, ancien journaliste du principal média de l’occupation « Je suis partout » ou encore Lucien Rebatet, écrivain-star de la collaboration qui, dans le journal francophone de la Waffen-SS, à la fin de la guerre, il terminait ses articles par un vibrant « Mort aux juifs ! Heil Hitler ! » Écrivent aussi François Duprat, stratège du groupe néofasciste Ordre Nouveau, plus récemment, Hervé Ryssen, négationniste français.

« Faurisson a raison ! »

En avril 2016, pour célébrer le soixante-cinquième anniversaire du journal, « Jérôme Bourbon organise, un fastueux diner réunissant 600 personnalités éminentes des mouvances d’extrême droite. Jean-Marie Le Pen en profit pour faire une intervention en parlant de “la guerre contre Vichy [qui] n’a jamais cessé”. Le point d’orgue de la soirée est l’arrivée de Robert Faurisson, “historien” qui a consacré sa vie à nier la Shoah, acclamé par une foule en délire criant “Faurisson a raison !”

Marine Le Pen :  «  une gourgandine… dont l’entourage n’est composé que d’arrivistes sans scrupules, de juifs patentés et d’invertis notoires

Les relations de Rivarol avec le Rassemblement national sont glaciales. La stratégie de normalisation dégoute ces ultras. Le journal parle de la présidente du Rassemblement national comme un membre du ‘système’ trahissant le combat nationaliste.  Entre 2010 et 2011, Bourbon attaque Marine Le Pen en ces termes choisis : « c’est une gourgandine… dont l’entourage n’est composé que d’arrivistes sans scrupules, de juifs patentés et d’invertis notoires. » Rivarol aujourd’hui a très peu d’influence. Mais le journal fait partie de ses officines d’extrême extrême-droite toujours prête à reprendre du poil de la « bête immonde » au cas où le RN viendrait au pouvoir.