La garde rouge de Mélenchon

par Yoann Taieb |  publié le 23/12/2023

La conquête du pouvoir et de l’opinion n’est pas seulement affaire de leader, mais aussi d’équipe. Autour de Jean-Luc Mélenchon, un bloc le protège, prolonge son action, verrouille le mouvement. Qui sont-ils ?

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I) Les têtes pensantes et agissantes sont celles qui secondent Mélenchon. Intelligentes, vives et fidèles, elles seront un jour la relève.

Mathilde Panot

 La députée du Val-de-Marne multiplie les déclarations-chocs et ne transige sur rien. Elle a compris que pour exister, il faut marquer les esprits. Elle n’en craint donc ni l’outrance ni la radicalité. Ce qui ravit Jean-Luc Mélenchon. « C’est la meilleure présidente de groupe parlementaire du monde », estime-t-il.  C’est blanc ou noir,  avec elle ou contre elle, aucune demi-mesure. Son rôle?  Sommer, menacer, dénoncer le gouvernement.

Elle est prête à tout. Pour fustiger l’interdiction du port de l’abaya à l’école, elle n’hésitera pas à prendre  la plume en anglais, afin d’alerter des mouvements woke à l’étranger, au motif que la France bannit les jeunes filles des écoles au nom d’un instrument de domination : la laïcité. Elle refuse de qualifier le Hamas de « groupe terroriste ». Et comme les journalistes lui demander plus de clarté, elle lâche, brutale: « … vous vous contenterez de ça ! »

Clémence Guetté

Une « Quatennens au féminin »,  courtoise, mais ferme à l’argumentation très élaborée. Elle fut la coordinatrice du programme insoumis pour la présidentielle 2022. Un projet qu’elle maîtrise sur le bout des doigts. Cette tête bien faite, dotée d’un vrai sens tactique entre au Palais-Bourbon en juin 2022. Jean-Luc Mélenchon lui promet un grand avenir. Il veut montrer qu’il est capable de faire ce que d’autres partis ne font pas : promouvoir les nouvelles générations, former des élus idéologiquement armés. Elle est une insoumise qui n’a pas fini de monter.

Sophia Chikirou  

Cette intime de Mélenchon, est dans le viseur de la justice pour ‘escroquerie aggravée dans la gestion de  sa société « Mediascope » depuis octobre. L’intensité de l’actualité internationale l’a fait oublier… pour le moment. Directrice de la communication, députée de Paris, elle est, à 43 ans, une pièce maîtresse de l’image de Jean-Luc Mélenchon. Sophia Chikirou a dirigé la stratégie de communication des deux dernières campagnes présidentielles du leader de La France insoumise (LFI) – plus de 20 % des voix – cofondé « Le Média », organe de propagande qui a été un échec, et a orchestré le retour d’Adrien Quatennens, héritier présomptif du leader, après sa condamnation pour violences conjugales. Méthodes de management brutales et intransigeance envers les « ennemis » sont ses caractéristiques. Une commissaire politique du mouvement.

Manuel Bompard

Décrit comme « loyal, fidèle, dévoué », le député  Marseillais est uni par un  vrai attachement à son modèle. Son patron le lui rend bien. Jean-Luc Mélenchon ne tarit pas d’éloges : « Il a la tête bien faite celui-là, il comprend tout mieux et plus vite que les autres. Chaque fois que j’ai un doute, je me retourne pour voir s’il est derrière moi. » Ingénieur de formation, mathématicien, organisé et rationnel, il n’hésite pas à jouer les gros bras dès lors que l’on s’oppose à Jean-Luc. Pas touche!

Il n’a pas hésité à faire le ménage au Front de gauche en virant des militants rebelles durant les régionales 2015 dans le Sud-Ouest. En 2019, il est suspecté d’avoir écarté les cadres LFI de la liste des Européennes menée par Manon Aubry. Et à l’automne 2022, c’est encore lui qui attaque frontalement le trop libre François Ruffin, accusé de trahison pour avoir critiqué la stratégie du patron. Un autre commissaire politique.

Danièle Obono  

Porte-parole du parti, elle est réélue députée de Paris en 2022. Elle a fait ses premiers pas en politique chez les trotskystes, au sein de la Ligue communiste révolutionnaire puis du Nouveau Parti Anticapitaliste. Juriste et membre de la Cour de Justice de la République, elle est en pointe dans le combat contre l’extrême-droite et les luttes sociales. Souvent attaquée, elle sait mordre. Mais, depuis qu’elle a qualifié le Hamas de « mouvement de résistance »,  ce qui lui a valu de fortes critiques, on l’entend moins. Une idéologue sans état d’âme

II) Les pros du show de la tribu des « singes hurleurs ». Font du bruit et du spectacle  sur les plateaux et à l’assemblée. Une radicalité braillarde. Mélenchon aime bien.

Ugo Bernalicis

Un vrai adepte du show à l’Assemblée. Il surveille le pouvoir de près. En 2019, il a créé une commission d’enquête consacrée aux obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire à la suite de l’affaire Benalla. C’est le député le plus assidu sur les questions relatives à la sécurité. Il se voit déjà en futur ministre de l’Intérieur. Pendant la campagne des législatives 2022, ce fan de rap a écrit une chanson et diffusé un clip d’une remarquable modestie, « Ugo à Beauvau », dans lequel,il sort des punchlines sans ambiguïtés telles que « quand j’arrive,  je dissous la BAC », ou encore « Darmanin nous ne sommes pas dupes, on sait que ta police tue ».

David Guiraud

Il se décrit lui-même comme un cogneur.  La vie politique se limite pour lui à une éternelle lutte des classes. Très à l’aise sur les plateaux, il multiplie les déclarations-chocs comme sur Europe 1, en août 2022, où il prétendait que « Darmanin a peur de (lui) ». Une hubris qui l’amène à s’opposer à la dissolution du CCIF, proche des Frères musulmans, à nier des cas de jeunes filles musulmanes dispensées de cours de natation via des certificats de complaisance, à dénoncer un reportage de l’émission Zone interdite consacrée à l’islamisme à Roubaix, qui vaut des menaces de mort à son auteure, Ophélie Meunier.

Récemment, il a déclaré avoir été très inspiré par les analyses de Soral et Dieudonné sur le conflit israélo-palestiniens. Deux antisémites notoires. N’en jetez plus !

III) Les jeunes amuseurs. Eux aussi aiment la scène. Des talents particuliers pour batailler sur les réseaux sociaux et séduire les plus jeunes. 

Antoine Léaument

Admirateur éperdu de Robespierre, il a été le l’homme à tout faire sur les réseaux sociaux de Mélenchon. Si le vieux leader a autant d’audience et attire autant les jeunes en innovant sur Twitter, Twitch ou You Tube, c’est en partie grâce à Léaument. Toujours prêt à clasher sur les réseaux, il manie le sarcasme ou la dureté propre aux Jacobins intransigeants dont il se pense l’héritier. Pendant les manifestations contre la réforme des retraites, il s’est fait matraquer quelques fois par les forces de l’ordre. Un « vrai » révolutionnaire donc.

Louis Boyard

Devenu une star grâce à Cyril Hanouna, qui lui a donné une relative notoriété après l’avoir rudement insulté sur le plateau de « Touche pas à mon poste » au début de l’année. Une partie des jeunes l’adore. Il sait  quels codes utiliser pour leur parler. Il n’a que 22 ans. Syndicaliste au lycée, dealer à la fac, il est envoyé dans tous les repères étudiants pour y prêcher la bonne parole. Des méthodes dures et spectaculaires, pour se faire voir et entendre. Toujours prêt à aller se battre à la télé.

 IV) L’héritier en exil, autrefois chouchou du grand patron. Au placard depuis un an. Pour mieux réapparaitre ?

Adrien Quatennens

L’Héritier présomptif  a disparu des radars depuis l’affaire de la gifle à sa compagne et sa condamnation. Expert des questions sociales et des inégalités, il est encore dans l’ombre très protégé par « Jean-Luc ». Il pourrait profiter de 2024 pour amorcer un retour. Il veut compter pour la prochaine élection présidentielle, surtout si elle se joue, de façon improbable, sans Mélenchon. Il lui faudra, d’ici là, éviter les bourdes. Début novembre,  il reçoit Waleed Aboudipaa, ex-professeur de français à Gaza dans sa « permanence parlementaire », le présente  comme un « père de famille, amoureux de la France ».  Sauf que l’homme, apparemment en situation irrégulière sur le territoire français, a glorifié en ligne les exactions du Hamas.