La liberté selon Mélenchon
Le matador populiste tente de faire taire ceux qui révèlent une facette peu flatteuse de son personnage. Sa hantise du moment : la parution des « Complices du mal », un ouvrage qui passe au crible ses liens avec différents courants islamistes.
Il n’a de mots assez rudes pour vilipender la monarchie présidentielle, lui, le chef d’une organisation sans droit à la critique et sans vote contradictoire. Mais les foudres du tout puissant caudillo ne s’estompent pas à la frontière de sa nébuleuse. Celui qui se plait à citer Robespierre et la seconde déclaration avortée des Droits de l’Homme de 1793 comportant un droit à l’insurrection, ne tolère pas qu’un écrivain ou qu’un journaliste ne vienne lui chercher des poux.
Ainsi donc, après la campagne d’intimidation orchestrée contre Charlotte Belaïch, autrice de « La Meute » aux côtés d’Olivier Pérou, journaliste au Monde, privé d’accréditation cet été pour rendre compte de l’université d’été de LFI, c’est au tour d’Omar Youssef Souleimane de subir la fatwa insoumise. D’autant plus douloureux pour ce journaliste franco-syrien, ayant fui la dictature d’Assad au péril de sa vie en 2012. Treize ans après, le voici menacé de voir son livre à l’index, par l’avocat de l’éternel candidat à la présidentielle. À trois semaines de la parution des « Complices du mal », le journaliste de 38 ans, est sommé de communiquer « par tous les moyens », un exemplaire de l’ouvrage au petit père de LFI. Mélenchon et son escouade n’en sont pas à leur coup d’essai. En 2019, l’ancien sénateur tentait déjà d’interdire la parution d’un ouvrage de Thomas Guénolé.
Les révélations dont il est question ne surprendront guère ceux qui observent la trajectoire et la dérive de cet homme : notamment consacré à l’influence de Rima Hassan, l’ouvrage regorgerait d’éléments factuels prouvant une complicité explicite avec une partie des courants islamistes. Pas un scoop, mais une enquête minutieuse et détaillée pour cet arabophone, capable de se mêler à la tourbe islamiste pour observer des liens devenus incestueux, entre l’instrumentalisation électorale de certains quartiers populaires par LFI et les projets portés par les instigateurs de la charia.
Selon nos confrères du Point, l’éditeur ne cèdera sous aucun prétexte mais l’épisode illustre une nouvelle fois le rapport tristement élastique entretenu par Mélenchon avec la liberté, à commencer par celle d’écrire. Et pourtant, il fut Charlie, il fut sans nul doute l’ami de Charb, fustigeant alors avec d’autres les « escrocs de l’islamophobie ». Mais le temps est assassin. Charb est mort sous les balles des terroristes, ce Mélenchon est mort de son seul fait. Sans le moindre remord, le même justifierait presque les 223 jours d’embastillement de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien malade, par la junte d’Alger.
Oui, Mélenchon est mort, vive Mélenchon. Poursuivant Omar Youssef Souleymane pour « propos infondés et attentatoires à l’honneur et à la réputation de la France Insoumise », il sera difficile d’invoquer cette fois-ci le racisme ou l’islamophobie.
Si la lecture des « Complices du mal » dévoilera probablement une convergence d’intérêts immédiats entre Insoumission populiste et soumission à la charia, Mélenchon, jadis socialiste, libre-penseur et républicain convaincu est désormais complice des atteintes aux libertés élémentaires. Il poursuit son œuvre en tentant d’interdire la parution de celle des autres.
Les complices du mal – Omar Youssef Souleimane – Plon – 208 pages – parution le 02/10/2025 – 21€



