La résurrection de la cathédrale de Reims

par Pierre Feydel |  publié le 16/12/2023

Emmanuel Macron a visité le chantier de Notre-Dame de Paris, se félicitant de l’avancée des travaux. La France a déjà reconstruit une de ces cathédrales. Il a fallu 20 ans…

D.R

Durant la Première Guerre mondiale, la cathédrale de Reims recevra 288 obus. Et le grand-reporter Albert Londres écrira article déchirant. Le gouvernement français ne cessera de protester contre la « barbarie » allemande. D’autant que sa cathédrale est un double « lieu de mémoire » pour les Français. Chrétien : depuis que l’évêque Rémi y baptisa Clovis, un beau jour de Noël de la toute fin du 5e siècle. National : trente-trois rois de France y ont été sacrés. Les condamnations internationales se multiplient.

Il faut dire que Reims est un joyau du gothique. Sa construction a débuté en 1211 pour se terminer en 1345. Sa longueur extérieure dépasse 149 m.. Sa nef culmine à 38 m, les deux tours à 81,50 m, le clocher à 87 m. Ce n’est pas la plus grande. Mais elle donne une rare impression d’élévation comme si l’édifice se jetait à l’assaut du ciel. À l’armistice, le 11 novembre 1918, il ne reste que des ruines.

Reconstruire ou pas ?

Tout le monde n’est pas d’accord. Le 17 avril 1919, une loi encadre la reconstruction des monuments détruits. Mais certains veulent conserver les décombres de Reims pour attester de la barbarie teutonne. Des architectes comme Auguste Perret – un adepte du béton-  ou Le Corbusier plaident la conservation de la ruine pathétique. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, membre de la Commission supérieure des Monuments historiques pense qu’il faut conserver plus que restaurer. Il est opposé à Proper Mérimée l’écrivain, inspecteur des Monuments historiques en 1834, qui prône de garder ce qui existe, mais de reproduire ce qui manque.

L’Église catholique, quant à elle, souhaite que la cathédrale soit rapidement rouverte au culte.

Et puis, se pose la question du coût, énorme. Les États-Unis vont jouer un rôle crucial.   La visite à Reims du président américain Woodrow Wilson et du Premier ministre britannique Lloyd George en janvier 1919, sont l’objet de reportages qui posent la question de la reconstruction. Le « New York Times » publie de nombreux articles en ce sens, suivi par de nombreux autres journaux et. Les dons de la Fondation Rockefeller, de Ford ou Carnegie seront décisifs. 

C’est Henri Deneux, un Rémois, qui prend en main les travaux. En 1905, il a été reçu 1er au concours des architectes des monuments historiques. Architecte en chef de la cathédrale depuis 1915, il connait bien ce bâtiment.

Son premier travail, avec son ami l’entrepreneur, Albert Nigron, est de déblayer, répertorier et classer les débris. Ce travail méticuleux dure deux ans jusqu’en 1921. En même temps, on commence à reconstituer les chapitres et les statues, à réparer murs et voutes, à consolider contreforts et arcs-boutants. La charpente sera en béton plus léger, moins de risque d’incendie. La galerie haute de la nef est rétablie à l’identique. De nombreuses statues sont restaurées dont le visage de l’ange au sourire si doux, qui émeut tant les Rémois. En 1925-27, les vitraux sont recomposés par le maitre verrier Jacques Simond dont le père avait pris soin de recopier les merveilles. D’autres font l’objet de création.

Le 10 juillet 1938, la cathédrale reconstruite est inaugurée en grande pompe par le cardinal Suhart et le président Albert Le Brun. L’année suivante, la Seconde Guerre mondiale éclate. Le cardinal Suhard condamnera la Résistance. Albert Le Brun nommera Philippe Pétain président du Conseil. Henri Deneux, le grand architecte, mourra, oublié, en 1969.