La ruée vers l’Afrique!

par Jean-Paul de Gaudemar |  publié le 03/02/2024

L’actualité brûlante, en Ukraine ou au Moyen-Orient, n’empêche pas la Chine, la Russie, les États-Unis, l’Inde, la Turquie, l’Italie de s’intéresser de plus en plus à l’Afrique. Notamment à ses ressources naturelles…

Le monde entier semble se ruer vers l’Afrique, au moment même où la France s’en trouve, malgré elle, détournée, voire chassée, comme c’est le cas au Sahel. En ce début 2024 en effet, non seulement la Chine y envoie, comme chaque année à cette période, son ministre des Affaires étrangères, mais Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain, entame à son tour une tournée africaine. La Russie accroit encore son influence au Sahel, l’Inde et le Japon tentent de s’implanter, la Turquie joue de plus en plus sa carte avec le grand forum d’affaires tenu en octobre à Ankara, et l’Italie annonce haut et fort son ambition avec son « plan Mattéi pour l’Afrique ». Deux raisons de ce regain d’intérêt pour le continent : l’abondance de ses ressources naturelles et pour les Européens, une lutte obsessionnelle contre l’immigration ; et deux exemples, États-Unis et Italie.

La visite d’Anthony Blinken, ces derniers jours, apparait comme un rappel de la doctrine démocrate de Joe Biden (« mettre le paquet sur l’Afrique ») voulant affirmer, contrairement à son prédécesseur, la présence américaine en Afrique et, en même temps, contrer les influences croissantes chinoise et russe. Avec l’évolution des juntes au Sahel et leur rapprochement avec la Russie, le départ des troupes américaines du Niger fait désormais partie des scénarios possibles. D’où l’étape d’Abidjan, peut-être pour un repli vers la Côte d’Ivoire, que ni Blinken ni Ouattara n’ont à ce jour confirmée ou infirmée. Qu’au même moment, la France prépare un retrait significatif de ses troupes dans cette même Côte d’Ivoire, n’est probablement pas un hasard.

En Angola, l’heure était aussi à l’examen du plus grand projet d’infrastructures conduit par les États-Unis en Afrique, le corridor de Lobito. Un projet d’une ambition considérable visant à relier par voies ferrées les deux océans, Atlantique et Indien. Mais aussi une façon de montrer aux Chinois qu’ils ne sont pas les seuls à équiper l’Afrique d’infrastructures et, peut-être implicitement, en écho aux protestations contre les promesses chinoises non tenues, de démontrer qu’eux au moins font ce qu’ils disent !

L’offensive lancée par Giorgia Meloni, la présidente du Conseil des ministres italien, avec son « plan Mattéi pour l’Afrique » a deux objectifs, vouloir faire de l’Italie un hub privilégié entre l’Europe et l’Afrique, et casser les ressorts de la migration vers l’Europe en développant les pays concernés, notamment ceux de l’Afrique subsaharienne.

La rhétorique populiste d’extrême droite du gouvernement Meloni a eu beau souligner, sans que personne ne soit dupe, qu’il s’agit là d’une entreprise aux antipodes du colonialisme, guidée par les seuls principes de « non-prédation » et « d’égal à égal, ce plan Mattéi n’en a pas moins déçu, par manque de projets véritablement structurants et un financement limité en montants, 5,5 milliards d’euros, et en nombre de pays, neufs, concernés.

Il est ainsi démontré une nouvelle fois que la bonne stratégie qui permettrait de contribuer efficacement à un tel développement vertueux de l’Afrique n’est à l’évidence encore trouvée par personne, ni par l’Italie ni par la France. A fortiori si, derrière de tels « plans pour l’Afrique”, se cachent des conflits d’une autre nature qui ne confortent pas l’Europe, mais au contraire la déchirent.