Le malaise LFI

par Laurent Joffrin |  publié le 11/06/2024

La gauche s’unit : ce devrait être une bonne nouvelle. Mais la présence des Insoumis dans cette coalition de circonstance refroidira nombre d’électeurs de gauche sincères et démocrates.

Laurent Joffrin

Est-il permis à l’éditorialiste, habituellement attaché à une certaine clarté dans les prises de position, de confesser une perplexité, pour ne pas dire un malaise ? On comprend bien que, pour sauver les meubles à gauche, on passe un accord électoral d’opportunité, de manière à franchir l’obstacle du scrutin majoritaire à deux tours. Dans un paysage politique morcelé, il faut se classer dans les deux premiers au premier tour pour concourir au second. D’où l’accord de candidature unique dit « de Front populaire », qui n’a d’autre vertu que de sauver des circonscriptions.

Mais à quel prix ? Voilà un Parti socialiste qui dit à la France insoumise : « Embrassons-nous Folleville » et fait comme si rien ne s’était passé pendant cette campagne. Ce qui revient à tomber dans les bras de responsables insoumis qui n’ont cessé d’insulter le candidat du PS Raphaël Glucksmann, qui l’ont accusé par voie d’affiche de se remplir les poches avec l’argent des lobbys, basse calomnie controuvée à peine énoncée, qui comptent dans leurs rangs une candidate notoirement antisémite, laquelle qualifie le PS de « parti colonial », dont le leader estime d’ailleurs que l’antisémitisme, qui explose en France, est « résiduel », et dont les militants ont exclu manu militari le candidat PS du défilé du 1er mai. Des leaders qui ont refusé avec obstination de qualifier le Hamas d’organisation terroriste, qui cachent un engagement pro-russe fondée sur un américanisme hors d’âge derrière une rhétorique pacifiste hypocrite, confirmée par leur récent boycott du discours de Volodymyr Zelensky à l’Assemblée nationale. Des zigottos péremptoires qui ont sans cesse perturbé le travail parlementaire pendant deux ans, concourant par ce fait à la banalisation d’un RN trop content d’apparaître en parti calme et responsable, qui ont une conception de l’action politique aux antipodes des règles élémentaires de la démocratie, gérant leur organisation comme une secte, campant sur des positions extravagantes ou irresponsables, qualifiant enfin de traîtres tous ceux qui ont le toupet d’élever la moindre objection.

Ardoise magique

Un parti extrême dont Olivier Faure voudrait, d’un coup d’ardoise magique, faire oublier le comportement notoirement antirépublicain, en échange d’un plat de lentilles électoral. Disons les choses franchement : au nom du réalisme politique – qui a bon dos – il y a là une faute morale difficile à contester, qui écartera du « Front populaire » nombre d’électeurs de gauche rebutés par les palinodies mortifères des mélenchonistes.

Au fond, pour un électeur de gauche, il n’y a qu’un seul remède à ce malaise : voter dans sa circonscription pour un socialiste, un communiste, ou un Vert, tous personnages avec qui on peut être en désaccord, mais qui sont accessibles à la discussion. Mais si, par malchance, on lui propose un candidat LFI, il préférera donner sa voix à un autre candidat républicain, du centre ou de la droite, moins cynique dans ses méthodes et plus à même, au fond, de battre le candidat RN. Il y a un moment où l’agressivité et la haine doivent être sanctionnées, sauf à abandonner tout principe et toute considération morale au nom de la tambouille électorale.

Laurent Joffrin