Le plan nazi pour déporter les Juifs à Madagascar

par Pierre Feydel |  publié le 13/01/2024

Deux ministres d’extrême-droite israéliens  ont proposé d’expulser la population palestinienne de Gaza… vers le Congo. Hitler avait eu une idée semblable, pour les Juifs

D.R

Que faire des juifs d’Europe à la fin des années 1930 ? En 1938, les Allemands ont envahi l’Autriche, puis les Sudètes en Tchécoslovaquie. Le 9 novembre, au cours de la « Nuit de cristal », 191 synagogues sont détruites, 7 500 commerces pillés, 91 Juifs assassinés, 30 000 emprisonnés. La même année, Albert, ministre de l’Intérieur du troisième gouvernement Daladier explique : « la France ne saurait consentir à ouvrir ses frontières… à des individus du seul fait qu’ils se prévaudraient de leur qualité de réfugiés ». Le pays serait déjà saturé d’immigrants étrangers… L’attitude française n’est pas une exception.

En juillet de la même année, le président américain Roosevelt réunit les représentants de 32 pays pour tenter de trouver une solution à l’accueil des centaines de milliers de juifs qui fuient la croix gammée. Pendant dix jours, à la conférence d’Évian, les diplomates expriment leur sympathie aux Juifs. Mais, c’est tout. L’Australie va même affirmer que comme elle n’a pas de problème racial chez elle, elle ne tient pas du tout à s’en créer un en recevant des familles juives. Hitler avait prévu ces lâchetés. Il avait déjà une autre idée pour se débarrasser des millions de juifs européens qui, au cours de ses conquêtes, vont tomber sous sa coupe. Il veut les déporter en masse, le plus loin possible du Reich. 

L’idée n’est pas nouvelle. Un socialiste français, Marius Mouret, ministre en 1937 avait déjà émis l’hypothèse de mettre à l’abri les Juifs hors d’Europe. Le gouvernement polonais, passablement antisémite, avait, lui, dès 1936, entamé une discussion avec les Allemands. La guerre arrête tout.

Colonies

En juin 1940, la France vaincue, Heinrich Himmler, Reichsführer-SS, créateur du premier camp de concentration à Dachau en 1933, remet l’idée en selle. La France est tombée. Ses colonies vont suivre ce qui ouvre des perspectives pour se débarrasser des « untermenschen » ( sous-hommes ).

Franz Rademacher, haut-fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères allemand où il est chargé des affaires juives, a déjà prévu d’évacuer les Juifs d’Europe occidentale à Madagascar et de garder ceux d’Europe orientale à Lublin en Pologne. L’île est à plus de 8 500 km de Berlin. Le ministre, Joachim von Ribbentrop, informe Hitler. Le « Madagascar Projekt » fait son chemin.

Un éminent personnage du pouvoir nazi va s’y intéresser de prés. Reinhard Heydrich dirige le Reichssicherhelthaupamt (RHSA), l’Office central de sécurité du Reich, qui réunit le service de renseignement SS, le SD et la Gestapo. À partir de 1941, ce service sera aussi chargé de la déportation et de l’extermination des juifs d’Europe. Heydrich présidera la conférence de Wansee où la « Solution finale » est décidée en janvier 1942.

Rapport

En août 1940, Adolf Eichmann, le logisticien de la solution finale et Theodore Danneker, spécialiste de la question juive, deux officiers SS, rédigent un rapport qui prévoit la déportation à Madagascar d’un million de Juifs par an pendant quatre ans. Des camps seront construits pour les accueillir, 120 navires les transporteront. Dans l’île, le gigantesque ghetto sera administré par un gouverneur SS.

Mais , dès décembre l’idée est abandonnée. La Grande-Bretagne a résisté à l’invasion allemande. La Royal Navy reste redoutable sur l’ensemble des mers du monde. Il sera désormais imprudent de transporter des millions de juifs par mer vers l’île africaine. Pour autant, comme le montrera l’Histoire, les nazis ne renonceront pas à exterminer les Juifs.

NB: Deux ministres du gouvernement actuel de Netanyahou ont proposé de déplacer les Palestiniens au Congo. Il s’agit de Bezalel Smotrich, ministre des Finances du Parti Sioniste Religieux, et  Itamar Ben Gviv, ministre de la Sécurité nationale, dirigeant du parti Force juive.