Le siècle de Perdriel

publié le 28/05/2023

Le fondateur de l’Obs (avec Jean Daniel), approche les cent ans. Un peu tôt, dit-il, pour prendre sa retraite…

Claude Perdriel- Photo JOEL SAGET AFP

Ce sera à coup sûr le plus jeune centenaire des médias. Dans la Lettre A, Claude Perdriel, 96 ans, directeur de l’hebdo Challenges, annonce qu’il restera en poste au moins deux ans de plus et qu’il attendra d’avoir cent ans pour se poser vraiment la question de la retraite. Place aux jeunes ! dit-on parfois. Dans le cas de Perdriel, voilà une formule bien inconséquente. Les journalistes de Challenges, comme tous ceux qui ont travaillé avec lui, ont toujours préféré le futur centenaire à ses cadets.

La passion de la presse, depuis l’origine, jusqu’au siècle… Perdriel, c’est l’homme pressé. Pour avoir passé quelques vacances avec lui, on peut témoigner que c’est une expérience exténuante, au rythme d’une activité trépidante commencée tôt le matin et terminée après minuit. Il ne dit pas : « Je vais consulter mes juristes » mais « je vais convaincre mon avocat ».

Il aime les décisions rapides et surtout leur mise en œuvre immédiate. Une fois sa conviction faite, il prend tous les risques, quitte à jouer tapis avec son propre patrimoine. Lors d’une récente entrevue, il regardait sa montre, sur le point de sauter dans un avion à 94 ans, pour une tournée de ses filiales asiatiques.  

Tout cela vient de loin. Déjà, dans les années 1950, jeune entrepreneur, il vendait aux terrasses de Saint-Germain des Prés « Les Saisons », une revue littéraire qu’il avait renflouée avec ses premières économies. C’était le début d’une longue histoire d’amour et de journaux. Polytechnicien, industriel inventif, il assoit sa prospérité dans le secteur sanitaire, avec un brevet original qui lui procure une ressource régulière et un large confort.

Mais l’argent n’est pour lui qu’un moyen, celui d’assouvir sa vraie vocation : directeur de journal. Avec Jean Daniel, il prend le contrôle d’un hebdo respecté mais désargenté, qui devient Le Nouvel Observateur, l’organe de la gauche intelligente, qui prend son envol dans l’après-68, brillant, drôle, profond, rendez-vous des plumes vif-argent et des intellectuels progressistes.

Ce succès ne lui suffit pas : pour épauler la montée de la gauche vers le pouvoir, il crée Le Matin, quotidien d’information et de combat. Après une réussite initiale, le journal pâtit de la victoire de la gauche et Mitterrand en profite pour placer ses proches à sa tête, ce qui précipite sa chute. Perdriel revient à l’Obs, lui aussi en difficulté. Il hypothèque son appartement, engloutit les bénéfices de son entreprise industrielle pour un redressement spectaculaire qui propulse l’Obs en tête de la vente des hebdos.

Après cinquante années de service à la tête du journal, il passe la main à Xavier Niel et au groupe Le Monde. Pour se retirer ? Certainement pas : à plus de 80 ans, il garde son hebdo économique, Challenges et acquiert le groupe Sofia, avec ses titres prestigieux que sont Historia, l’Histoire ou La Recherche. Il a prévu de les céder après son retrait, qui risque de venir encore plus tard qu’il le dit. Place aux jeunes ? Certes. Mais pour l’instant, le jeune, c’est lui.

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