Le vaisseau MAGA tangue dans le détroit d’Ormuz
La guerre en Iran et la crise du détroit d’Ormuz révèlent l’érosion accélérée du leadership américain sous l’ère MAGA, victime de son isolationnisme. Une situation inédite dont l’Europe pourrait tirer profit … ou subir les conséquences.
America First, la devise de MAGA, s’est transformée très rapidement en « America Alone », avec des alliés historiques systématiquement méprisés, humiliés ou attaqués. L’appel à l’aide de Trump pour débloquer le détroit d’Ormuz, suivi par un refus des pays alliés, représente un tournant et une opportunité potentielle à saisir pour ces derniers.
Un isolement diplomatique assumé
Confronté à une résistance iranienne coriace et visiblement mal anticipée, Donald Trump a donc fait appel à un certain nombre de pays, et promis de se venger devant le refus qu’il a essuyé. Pour ne pas perdre la face, la réticence de l’Europe a d’abord été minorée par Trump, autant qu’elle lui a permis de valider ses a priori négatifs sur ses alliés de l’OTAN. Il s’agit là d’une forme de prophétie auto-réalisatrice de la part du locataire de la Maison-Blanche : il n’a cessé d’insulter, de brocarder des alliés pour les voir lui tourner le dos, lui faisant alors dire qu’il avait raison de ne pas pouvoir compter sur eux.
Mais derrière ce côté bravache, il existe un désarroi réel de celui qui ne comprend pas qu’il vient de se heurter au mur de la réalité, et le réveil est brutal. Incapable de reconnaître la moindre erreur et de changer de cap, il est en train de précipiter les États-Unis vers un isolement sans précédent.
L’Europe face à un choix stratégique
Pour les Européens, il est certes de bonne guerre de renvoyer Trump à ses foucades et à son imprévoyance, appelée aimablement imprévisibilité, mais ils feraient surtout bien avisés de saisir ce moment pour redéfinir à leur avantage la nouvelle donne géopolitique. Il n’est pas certain que l’Europe soit audible au vu du profil de l’administration Trump, dont les difficultés croissantes pourraient toutefois l’inciter à plus de flexibilité.
Avec son approche brutale, Trump ne comprend que le rapport de force et attend de ses alliés une obéissance absolue. C’est ainsi qu’il a soumis à son bon vouloir le Parti républicain, dont les édiles ont soit accepté sa domination, soit quitté le parti pour une minorité d’entre eux. Sa haine des journalistes indépendants s’explique par son refus de la contradiction et, dans les affaires, son mode de « négociation » préféré consistait à refuser de payer ses fournisseurs avant d’exiger une ristourne significative, puis de consentir éventuellement à les régler. C’est le même enfant roi colérique qui s’impatiente dans la guerre contre l’Iran, devant le refus des alliés des États-Unis dont il attend la soumission.
Redéfinir la relation transatlantique
Cette réalité doit guider l’approche des Européens dans la séquence actuelle. Il est impossible d’accorder la moindre confiance à Trump, et la seule manière de lui tenir tête est d’exiger des contreparties (comme sur l’Ukraine) et des garanties claires, vérifiables et inviolables.
L’enlisement américain doit être l’occasion de l’affirmation d’une puissance européenne traitant moins les États-Unis comme un allié que comme un partenaire ponctuel, dans l’approche transactionnelle que Trump privilégie. Il est commun d’entendre que la Chine est le grand bénéficiaire de la situation actuelle. Aux Européens de s’assurer d’en être les autres gagnants, et de transformer la colère de Trump en moment fondateur d’une relation réinventée avec les États-Unis.



