« Les nouvelles fractures de l’Europe »

par Jérôme Clément |  publié le 07/10/2023

La montée des nationalismes et la guerre en Ukraine révèlent accroissent les divergences

Jérôme Clément

L’élection de Robert Fico, à la tête de la Slovaquie, soutien de Viktor Orban, président hongrois populiste, et proche de Poutine n’arrange rien. Ces deux nationalistes pourront entraver l’aide européenne à l’Ukraine et favoriser un accord avec la Russie qui mettrait fin à l’intégrité du pays.

La Pologne a, elle, effectué un virage à 180° en menaçant d’interrompre les livraisons d’armes à Kiev. Si la coalition qui soutient l’actuel gouvernement à Varsovie gagne les élections, un bloc à l’est de l’Europe pourrait se constituer et peser pour, non seulement traiter avec Moscou, mais aussi restreindre, par exemple, les décisions sur le climat.

À l’ouest du continent pendant longtemps, la France et l’Allemagne restaient « un moteur » propulsant cahin-caha le reste du train. On s’accommodait d’un Royaume-Uni turbulent au caractère insulaire affirmé. À l’Est, on bougonnait sur le duumvirat franco-allemand, mais on suivait. Au sud, on acceptait ce couple puissant, auquel on cherchait à s’agréger, au gré de majorités variables, mais qui avait le mérite de faire avancer l’Union.

Le Brexit a entraîné une première déstabilisation, compensée par les avantages que certains membres pouvaient retirer de l’absurde décision britannique.
 Mais, la pandémie a provoqué un sursaut de solidarité et donné aux institutions européennes l’occasion de prouver leur efficacité. La guerre en Ukraine a aussi montré jusqu’ici une cohésion quasi totale des Européens face à l’agression russe, même si elle a eu pour effet de ressusciter le parapluie américain et l’OTAN.

Aujourd’hui, de nouvelles fractures dessinent de nouvelles alliances.

 Le couple franco-allemand n’en est plus un. Une coalition divisée et faible règne sur la République fédérale alors que des divergences de fond éloignent Berlin de Paris : nucléaire, électricité, projet d’armements, commerce extérieur… L’Allemagne fait peu de cas de son alliée traditionnelle. Du coup, la France en prend acte, renoue avec l’Angleterre et se cherche, au Sud, d’autres points d’appui. Une nouvelle idylle, surprenante, nait avec l’Italie de Meloni, elle-même en difficulté et qui a bien besoin de nouveaux partenaires. En Scandinavie, la droite extrême domine, ou progresse.

Ainsi, l’Europe se fractionne, en proie aux difficultés économiques, à l’inflation, à l’immigration, menacée par des régimes nationalistes et autoritaires qui mettent à mal les idéaux démocratiques de l’après-guerre, tel qu’ils ont, pierre après pierre, été élaborés, dans les différents traités européens. On attend les élections en Espagne et en Pologne pour savoir si le centre de gravité politique sera encore plus à l’extrême-droite qu’au centre droit. Si peu à gauche, en tous cas… c’est dans ce paysage incertain que se tiendront les élections européennes en juin 2024, demain… 

Elles devront être l’occasion d’un combat majeur, dès cette année, pour la défense de la construction européenne. Car l’Union européenne reste un rempart démocratique contre les menaces qui assaillent les vieilles nations, toujours tentées par les sirènes nationalistes, le repli identitaire qui mènent à la guerre.