Logement : la bombe sociale

par Pierre Feydel |  publié le 03/02/2024

Logement social sinistré, construction ralentie, les Français dépensent un tiers de leur revenu pour se loger. Explosif ! La Fondation Abbé Pierre sonne l’alarme

"Un toit pour tous."Cholet, 01 Fevrier 2024- Opération indignation, tag et slogans droit au logement pour les 70 ans de l appel de l Abbe Pierre. - Photo Adrien Auzanneau / Hans Lucas

C’est une bombe à mèche pas si lente que ça. En tout cas, elle est allumée depuis le rapport dévastateur de la Fondation Abbé Pierre rendu public jeudi dernier. La crise du logement est en cours. Reste à savoir quand elle va exploser socialement. Cerné par des hordes de tracteurs, le gouvernement n’a rien vu venir de la colère agricole. Il ne fait pas preuve de plus de clairvoyance quant à la situation de l’immobilier.

C’est comme si, à la veille des JO , la puissance publique avait décidé de multiplier dans ce pays les SDF, alors que très honteusement, elle se propose de les éloigner des centres de nos grandes villes et des lieux où se dérouleront les épreuves. Vers quels ghettos officiels ?

Les chiffres, fournis par la fondation abbé Pierre, sont calamiteux. Les 200 000 places d’hébergement d’urgence prévues sont saturées. Du coup, 8 000 personnes se retrouvent à la rue dont 2 400 enfants. La demande de logements sociaux explose. Elle atteint le chiffre énorme de… 2 600 000 ! Au moment même où l’offre s’effondre ; 82 000 autorisations de construction en 2023 contre 124 000 au début du premier septennat d’Emmanuel Macron.

À ce déficit s’ajoute celui de l’ensemble des mises en chantier en France : 295 000 aujourd’hui contre 435 000 en 2017. L’échec est d’autant plus patent que la manne publique est très importante, 41,5 milliards d’euros. Et que dire du logement indigne ? La Fondation en dénombre 600 000 dans lesquels vivent plus d’un million de personnes. Une situation catastrophique qui empire. Le coût des matériaux de construction qui a bondi de plus de 20 % n’aide pas la rénovation. Les prix des logements neufs ont considérablement augmenté, comme les loyers.

Du coup, pour des millions de Français se loger devient difficile sinon impossible. Et l’année 2024 commence mal. Le Premier ministre – en annonçant dans son discours de politique générale la remise en cause de la loi SRU qui imposait aux communes urbaines de consacrer 20 à 25 % de ses constructions nouvelles au logement social sous peine d’amendes –  complique encore plus la situation des plus pauvres. En proposant à ces derniers de se tourner vers le marché des logements intermédiaires, le gouvernement fait preuve soit d’incompétence, soit d’un cynisme indécent. La plupart de ceux qui pourraient accéder à un logement social n’ont pas les moyens de s’installer dans une habitation plus chère.

En 2020, le logement représentait 28,5 % de la dépense de consommation des ménages. C’est beaucoup trop. Et là encore, l’inégalité est patente. Les 25 % les plus modestes , surtout des locataires consacrent 32 % de leurs revenus à leur habitation. Ce pourcentage tombe à 14,1 % pour les plus aisés. La hausse des prix de l’énergie ne fera qu’accentuer les difficultés et les différences.

Les professionnels de l’immobilier depuis des mois s’inquiètent. Les organisations caritatives lancent des cris d’alarme. Rien n’y fait. Le droit au logement est un droit inaliénable spécifie la loi Quillot de 1982. Mais quand la République ne respecte pas ses propres lois ? Quand elle fabrique des sans-abris à la pelle, que reste-t-il ?

La colère ? On sait où elle mène.

Pierre Feydel