Macron : cent jours en fumée

par Yoann Taieb |  publié le 09/07/2023

Juste avant les violences, les « 100 jours » étaient annoncés comme ceux du grand changement. Tout est à revoir. Pour Emmanuel Macron, l’addition s’annonce lourde

Emmanuel Macron et Gerald Darmanin- Photo LUDOVIC MARIN

Le remaniement sera repoussé. Depuis les émeutes, l’urgence n’est plus de remplacer Elisabeth Borne. Son silence et sa discrétion lui ont permis de sauver sa place. Elle gère au jour le jour et laisse le président prendre toute la lumière. Après chaque grande crise, il sait rebondir, parcourir la France et monopoliser l’attention.

Quant aux ministres, impopulaires ou invisibles aux yeux de l’opinion publique, les remplacer n’aurait pas grand sens. À quoi bon ? Pour une conseillère d’un ministre en sursis, « ce flou permanent devient usant ». Pour l’instant, on leur demande de s’occuper de leurs dossiers et d’expédier les affaires. Macron, lui, veut privilégier le dialogue direct avec les élus locaux délaissés.

Second enseignement. Le président n’est plus contraint de s’allier avec les Républicains qui étaient, jusqu’ici, l’option numéro un, mais la dureté des positions de LR a su le convaincre de s’éloigner. Dixit un discret député du centre : « Vous pensez qu’après la phrase de Retailleau sur les origines ethniques, on va s’associer à eux ? »

LR chasse désormais sur les terres du sulfureux Zemmour . S’allier à lui reviendrait à perdre les modérés de la majorité ainsi que l’aile gauche qui se plaint déjà d’être mise de côté. De plus, un nouvel espace à gauche s’est ouvert du côté des députés NUPES choqués par la radicalité des propos de Jean-Luc Mélenchon. «Même si on n’acceptera jamais Macron », dit une collaboratrice d’un député de gauche, « il vaut mieux le soutenir sur un projet d’urgence que souscrire aux mots de Mélenchon de ces derniers jours ».

Troisième conséquence : la division causée par les insoumis installe de facto Marine le Pen en seule alternative raisonnable à un président submergé par les crises et les violences. Elle n’a quasiment rien dit, se contentant de constater le désordre – sacré coup d’œil ! – et d’admonester le gouvernement sur son bilan. Ne reste plus à la cheffe l’extrême-droite qu’à se poser en garante de l’ordre et convaincre qu’elle est, seule, celle qui mettra fin à la « parenthèse » macroniste.

Surtout en l’absence ou presque d’adversaires suffisamment populaires et puissants pour s’imposer. À l’exception d’Edouard Philippe qui cogne de plus en plus sur le président, histoire de préparer activement son décrochage de la majorité.

Les émeutes coûtent cher à Emmanuel Macron. Voilà l’équilibriste encore une fois au-dessus du vide.