Mais que font les réformistes ?

par Laurent Joffrin |  publié le 15/11/2023

Mélenchon plonge, la NUPES moribonde s’efface. C’est l’heure de la gauche républicaine. Encore faut-il qu’elle le comprenne…

Laurent Joffrin

Comme un homme qui se noie, Jean-Luc Mélenchon entraîne la gauche vers le fond. Énième sondage – un Ipsos dans Le Point – qui atteste de la chute libre du leader LFI dans l’opinion. Sa cote de popularité s’effondre à 17% avec une baisse de 5 points en un mois, contre 75% d’opinions négatives. Il perd auprès des sympathisants LFI et PCF (-8 points), du PS (21%, -9 points) et des sympathisants EELV (19%, -21 points).

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On dira : c’est son affaire, il a pris ses responsabilités. L’ennui, c’est que ses outrances répétées déteignent sur toute la gauche, quand bien même elle se serait gardée de marcher dans ses traces depuis le 7 octobre. Ainsi Fabien Roussel, François Ruffin ou Olivier Faure sont également touché par la défaveur, alors même que leur position sur le conflit de Gaza s’est distinguées clairement des dérapages extravagants de Mélenchon.

Mais rien d’étonnant quand on y pense. Le soupçon d’antisémitisme est trop infamant pour rester confiné à un seul porte-parole. C’est un virus galopant, qui s’attrape dans la proximité d’un leader devenu contagieux. Sa diffusion a évidemment pour vecteur cette NUPES qui commence à coller à la gauche comme une tunique de Nessus. Une pandémie politique perverse, qui oblige maintenant la gauche française à se défendre de tout antisémitisme, alors que dans sa composante républicaine elle a toujours combattu le fléau avec énergie. Le monde démocratique à l’envers…

Symétriquement et par comparaison, le RN, parti d’origine antisémite, est blanchi aux yeux de l’opinion de ses turpitudes en ce domaine, tandis que les personnalités de l’orbe macronienne gagnent des points dans l’esprit public. Quel résultat, on l’admettra ! Tout esprit candide se pose dès lors une seule question : pourquoi la gauche républicaine, celle qui a toujours tenu le cap d’une paix équilibrée au Proche-Orient, qui a toujours défendu l’universalisme, la laïcité, qui prône un programme de réformes radicales à la fois sociales et écologiques, ne saisit pas cette occasion pour s’affirmer, ne montre pas à l’opinion que la gauche française est bien autre chose qu’un attelage brinqueballant tiré à hue et à dia par une secte radicale irresponsable et dogmatique ?

L’occasion est unique : d’un côté, beaucoup d’électeurs progressistes captés par Macron sont refroidis par la droitisation du « en même temps », de l’autre, beaucoup de ceux qui ont suivi Mélenchon au nom du vote utile se rendent compte de leur bévue. Tout un électorat de gauche déboussolé attend un message clair et quelqu’une ou quelqu’un pour l’incarner, loin des confusions et des palinodies insoumises ou nupéistes. Pour la gauche réformiste, c’est le « kairos » des Grecs, le moment décisif, qu’il faut saisir à tout prix, sauf à rester à la traîne de son destin. D’où le titre de cette lettre : mais que font les réformistes ?

Laurent Joffrin