Manon la honte

publié le 08/05/2024

 

Manon Aubry, la tête de liste insoumise, accuse trois de ses rivaux de toucher de l’argent des lobbys. Amalgame, mensonge et fake news.

Laurent Joffrin

Procédé lamentable, vicieux, calomnieux, dont LFI est malheureusement coutumière. Menant une campagne qui stagne dans les sondages entre 7 et 8 %, Manon Aubry, sans doute dans l’espoir de progresser, pond une affiche finement intitulée « Ces députés qui s’en mettent plein les poches », sur laquelle figurent huit élus européens, dont trois de ses concurrents, Valérie Hayer, François-Xavier Bellamy et Raphaël Glucksmann.

Sous chacun des portraits figure une fourchette financière qui indique le montant leur revenus annexes, perçus en sus de leur indemnité parlementaire, le tout accompagné d’un tweet précisant qu’un quart des élus européens « sont payés par des lobbys, des entreprises ou des gouvernements ». Ainsi le lecteur ou l’électeur comprend que les têtes de liste LR, Renaissance et PS reçoivent de gras émoluments versés par des intérêts privés. Des députés corrompus, donc, prêts à tout pour arrondir leurs fins de mois déjà confortables.

Déclarations officielles

Mais très vite, à y regarder de plus près, on s’aperçoit que l’information n’a rien d’une révélation : elle est tirée des déclarations tout à fait officielles que doivent faire les élus pour rendre publics les revenus dont ils bénéficient en dehors de leur mandat. Rien que de légal et déclaré. Et surtout, s’agissant des trois candidats ciblés par Aubry, deux d’entre eux, Bellamy et Glucksmann, ont indiqué les droits d’auteurs qu’ils ont perçus à la suite de la publication de livres, et la dernière, Hayer, a mentionné la modeste indemnité qu’elle recevait jusqu’à récemment comme conseillère départementale de la Mayenne. Aucun rapport, donc, avec des transferts occultes d’argent financés par des lobbys.

De tonalité franchement poujadiste, alimentant le soupçon d’un « tous pourris » au Parlement européen, l’affiche n’est donc qu’une basse diffamation fondée sur des outrances et des amalgames. Les trois mis en cause ont hautement protesté, Olivier Faure a dénoncé la « fake news » diffusée par la France insoumise, les journalistes ont mis au jour la supercherie en détaillant les chiffres lancés par Aubry comme autant de dénonciations mensongères. Interrogée sur cette confusion, la tête de liste LFI a reconnu qu’il fallait distinguer entre les différents revenus, mais défendu sa démarche en expliquant qu’elle avait le mérite de poser la question des lobbys, laquelle ne concerne pas, en fait, les trois élus attaqués.

Toujours la même tactique : un mensonge outrancier pour commencer, une rétractation partielle une fois que le mal est fait, qui permet ensuite de dénoncer les réactions indignées des personnes salies. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose… Trump ne ferait pas mieux. Voilà comment se comportent des gens qui prétendent représenter le peuple et gouverner le pays.