Europe 2028 : quatre villes de culture qui réveillent la gauche

par Hervé Marchal |  publié le 29/05/2023

Elles sont quatre – Bourges, Clermont-Ferrand, Montpellier et Rouen – pour une place de Capitale européenne de la culture 2028

Barcelone- Capitale culturelle de l'Espagne - Photo Sabine Greppo / Hans Lucas

Quatre villes-territoires qui ont passé avec succès une première sélection regroupant au départ neuf candidates au titre de capitale européenne de la culture 2028. Fin décembre prochain le jury de douze experts indépendants désignera la lauréate.

Ce label, créé en 1985 par la Grecque Mélina Mercouri et le français Jack Lang, a pour but de mettre en valeur la richesse et la diversité des cultures du continent. Et globalement, la dynamique culturelle européenne.

Chaque ville candidate doit préparer un dossier-programme d’évènements, d’initiatives originales, créatives, inclusives à partir d’une vision de mutation urbaine et de collaboration avec les territoires limitrophes et leurs populations. Ce label permet de donner une visibilité internationale à la ville retenue.

Plus de 60 villes ont déjà reçu ce titre dont quatre françaises : Paris en 1989, Avignon en 2000, Lille en 2004, Marseille en 2013. En 2028, le label sera également attribué à une ville tchèque et à une ville d’un pays européen non membre, Monténégro ou Macédoine du Nord.

Comment ces quatre finalistes envisagent-ils de l’emporter ? Réponses.

France, Cher, Bourges, place Gordaine – Photo GUY Christian / hemis.fr

Bourges

(Cher-Centre Val de Loire) est la seule à compter moins de 100 000 habitants. C’est « une ville à taille humaine », comme la définit son maire Yann Galut, mais qui n’est pas moins ambitieuse que les autres. Elle veut repenser le rôle de l’artiste au 21e siècle, réfléchir aux courants qui traversent la société européenne (changement climatique, mobilité, migration, écoféminisme…) et s’appuyer sur la culture en tant que médiatrice de solutions. C’est une candidature « small is beautifull », avec l’empathie qui l’accompagne.

France, Auvergne, Puy de Dome, Clermont Ferrand – PhotoCORMON Francis / hemis.fr

Clermont-Ferrand

Massif-Central, « La Terre du Milieu », c’est du lourd.
Près de 4 millions d’habitants, 4 régions, 22 départements et 600 communes. Le défi, dans cette vastitude rurale, c’est d’inventer de nouvelles manières d’accès à la culture pensée comme vecteur de rapprochement. Le maire, Olivier Bianchi, en charge de l’action culturelle depuis ses premiers pas d’élu, prépare cette candidature depuis 2014. Il conçoit ce projet de la Terre du Milieu comme un terrain d’exploration du 21e siècle et de ses transitions culturelles. En somme, un vaisseau spatial territorial du troisième millénaire.

Montpellier-Quartier Antigone- Statue de la victoire de Samothrace- Photo Eric Beracassat/Hans Lucas

Montpellier-Sète

Au total ce sont plus de 140 communes qui sont mobilisées sur cette vieille terre de passage et d’échanges. Un terre enrichie au cours des siècles d’alluvions culturels nomades. D’où une agilité intellectuelle indéniable. Créer, surprendre : ici l’action culturelle, puissante et enracinée est comme une respiration.

Et la présence majestueuse de la Méditerranée impose naturellement la thématique transversale de l’eau (sans oublier les fleuves côtiers) dans un dossier de candidature de fort consensus. Avec 85% des projets co-portés par des partenaires européens. S’adressant aux acteurs culturels et aux citoyens, le maire, Michael Delafosse, appelle au « partage des imaginaires pour inventer la culture de demain ».

Seine Maritime, Rouen, place du Vieux Marche, site de Jeanne d’Arc- Photo MATTES René / hemis.fr

Rouen

La ville se projette, depuis l’ineffable Giverny jusqu’au Havre et Honfleur, tout au long de la vallée de Seine normande, véritable fil rouge de la candidature. Ses territoires au bord du fleuve sont imaginés comme autant de quais d’embarquement vers une métamorphose de l’existant.

Un objectif qui s’appuie sur trois thématiques : les savoirs partagés – universitaires, ouvriers, industriels – pour tisser des liens ; le futur, pensé et dessiné par les enfants ; la Seine, porteuse du dialogue avec les autres vallées fluviales européennes. Pour Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen, il s’agit de « prendre la mesure des défis climatiques et sociaux et placer la culture au cœur des réponses à apporter ».

La finale à venir implique donc quatre villes qui sont chacune de gauche. Tout sauf un hasard. Le signe du réveil, grâce aux territoires, de la gauche endormie ?

Hervé Marchal

Correspondant à Montpellier