« Moi capitaine »

par Marcelle Padovani |  publié le 28/12/2023

Pour Marcelle Padovani, notre correspondante à Rome, l’année restera marquée par un film, modeste mais éblouissant, sur un sujet rebattu mais réinventé: le voyage-exode d’un homme, de l’Afrique jusqu’à Lampedusa

D.R

C’est un film au titre anodin signé d’un cinéaste italien connu, certes, mais sans plus. Et pourtant, “Moi capitaine”, signé Matteo Garrone ( sortie prévue en France le 3 janvier ) est une révélation. Une fable européenne, la plus belle contre l’obscurantisme. Sortie d’un cerveau du vieux continent, elle pourrait s’intituler aussi “Avant Lampedusa”, cette île symbole des migrations de masse africaines qui hérisse le poil de la droite et de l’extrême droite. Matteo Garrone a filmé un exode biblique devenu périple hasardeux, d’un jeune acteur africain avant de pouvoir débarquer à Lampedusa. Avec son désir d’Europe, de liberté et de démocratie.

Mais il vaut le dire tout de suite : ce « Moi capitaine” n’est ni un documentaire, ni un mélo, ni un roman-feuilleton, mais un film poétique et politique. Qui tourne le dos à toute forme de propagande, de charité pleurarde, pour nous ouvrir les yeux en parlant à notre cerveau, avec une technique cinématographique quasiment scientifique qui interpelle notre raison. D’où ces images paradoxalement privées d’émotivité, apparemment innocentes, mais qui interrogent au plus profond notre intelligence. Du jamais vu.

« Moi capitaine », a été couronné au festival de Venise, et il est sélectionné pour recevoir un Oscar.