Montpellier : on roule gratis

par Hervé Marchal |  publié le 21/12/2023

À défaut de fêter le titre de capitale européenne de la culture – récemment attribué à Bourges – Montpellier va célébrer ce jeudi celui de capitale européenne des transports publics gratuits

Une rame de tramway de la Métropole de Montpellier devant la gare SNCF de Montpellier St Roch. Montpellier, France - Photo par Nicolas Guyonnet / Hans Lucas

Désormais les 500 000 habitants de Montpellier Méditerranée Métropole vont pouvoir utiliser trams et bus sans payer, tous les jours de la semaine et, quel que soit leur niveau de revenus. Un simple justificatif de domicile leur permettra d’obtenir le passe mobilité… réservé aux seuls habitants de ce territoire.  

À cette échelle, c’est une véritable révolution. Il n’y a pas, à ce jour, de plus grande aire urbaine en Europe à avoir mis en œuvre la gratuité totale.

L’ initiative fait partie d’une stratégie plus générale visant à la fois un mieux-disant écologique et un mieux-disant social : « Cette mesure permet de se déplacer sans émettre de CO2 et offre du pouvoir d’achat aux moins aisés », dit Michaël Delafosse le maire PS de Montpellier et président de la métropole

Sur le terrain le dispositif, déjà conséquent, va prendre une ampleur considérable. Fin 2025 une cinquième ligne de tram viendra muscler l’offre rail (commande passée de 77 nouvelles rames) et sera complétée par la mise en services de nouveaux bus (70 bustrams électriques fonctionnant de 5 h à minuit). Parallèlement, une police des transports a été créée afin de sécuriser les voyages. Enfin, un vaste plan vélo (subvention à l’achat, construction de 235 km de pistes cyclables, formation des enfants avant l’entrée au collège) ainsi que l’installation de 600 bornes de charge électrique (vélos et voitures)

Le coût ? Il fait débat. Pour le maire, c’est une opération à 30 millions d’euros. Pour la chambre régionale des comptes, ce serait plutôt 42 millions. Et pour d’autres métropoles comme Lyon ou Toulouse, c’est une hérésie. 

Les 30 millions ce sont les recettes voyageurs abandonnées. Elles seront compensées, selon le maire, par le versement mobilité (taxe de 2 % sur la masse salariale des entreprises) qui bénéficie du dynamisme de l’économie locale. Il passera de 90 millions d’euros en 2020 à 124 millions en 2024.  Suffisant ?

À Lyon, le Vert Bruno Bernard, président de la Métropole et de l’opérateur des transports Sytral Mobilité, n’y croit pas une seconde et vient d’augmenter les tarifs en raison, principalement, du coût de l’énergie sans cesse à la hausse. Pour lui la priorité est de désenclaver les périphéries.

À Toulouse le débat est simple : c’est la gratuité ou l’investissement. La gratuité représenterait un manque à gagner de 100 millions d’euros. Or, les besoins d’investissement sont colossaux.

Quant aux organisations professionnelles, opérateurs et d’élus, elles estiment pour la plupart que le frein au développement de l’usage des transports en commun ce n’est pas le prix pour l’utilisateur, mais bien la desserte. Trop de zones en sont encore dépourvues et la fréquence, l’attente prolongée, a un effet dissuasif certain.

À Montpellier, l’heure est au volontarisme politique. Après tout, il n’y a pas de révolution, donc de mutation, sans bouleversement.