Municipales 2026 : PS-LFI, un mariage et un enterrement
La victoire des socialistes sans LFI à Paris et à Marseille, celle des écologistes à Lyon, assure à la gauche unie le maintien de ses positions dans les trois plus grandes villes de France. Mais l’échec à Toulouse et à Limoges signe la défaite des Insoumis. Au total, les accords passés entre le PS et LFI bénéficient surtout… à la droite.
Ils ont tous deux donné symboliquement la victoire des élections municipales à la gauche. Ils ont aussi démontré que, pour gagner quand on est socialiste, mieux vaut ne pas s’allier à La France insoumise. Telle est la leçon magistrale que nous ont délivrée Benoît Payan à Marseille et Emmanuel Grégoire à Paris, en remportant haut la main les deux plus grandes villes de France, après avoir refusé tout rapprochement avec LFI. Qu’importent les appels du pied répétés entre les deux tours de Sébastien Delogu et, à onze reprises selon ses propres dires, de Sophia Chikirou. Droits dans leurs bottes, ils n’ont pas plié, démontrant l’un comme l’autre qu’ils n’avaient besoin de personne pour gagner.
La détermination fut la même chez Michaël Delafosse, qui s’impose à Montpellier ; Nathalie Appéré, qui remporte Rennes, et Arnaud Deslandes, qui est reconduit à Lille. À Strasbourg, la socialiste Catherine Trautmann a poussé le pied de nez jusqu’à s’acoquiner avec un de ses amis d’Horizons. Autant d’exemples pour prouver que la gauche gagne quand elle a des valeurs et qu’elle les défend avec conviction.
Des victoires sans LFI dans les grandes villes
D’autres ont emporté leurs mairies avec moins de panache, comme l’écologiste Grégory Doucet, qui a opéré une belle remontada à Lyon face à l’inefficace Jean-Michel Aulas, en partie grâce à un accord dit « technique » avec LFI. Même démarche et même résultat à Nantes, où Johanna Rolland s’impose pour un troisième mandat face à la droite unie. Réussiront-ils à s’entendre, les socialistes et les Insoumis, dans les conseils municipaux où ils devront cohabiter ?
Rendez-vous dans quelques mois pour en reparler. Ces deux exceptions confirment la règle selon laquelle, dans la plupart des villes où ils se sont alliés aux Insoumis, les socialistes n’ont pas gagné. Ils subissent une défaite historique face à la droite à Clermont-Ferrand, et à Brest, sans oublier celle du maire sortant de Tulle, Bernard Combes.
Une fracture stratégique à gauche
Mais le pire, c’est quand les socialistes se sont ralliés pour soutenir une tête de liste LFI. C’est le cas dans deux communes emblématiques où l’échec est patent : à Toulouse, qui devait être la ville symbole de conquête de la gauche, et où l’Insoumis François Piquemal s’incline face au maire sortant Jean-Luc Moudenc. Même topo à Limoges, où Damien Maudet échoue à s’imposer.
L’arbre qui cache la forêt ? Le maintien de ses positions dans les plus grandes villes de France n’empêche pas le recul de la gauche unie un peu partout dans le pays. La faute d’abord aux écologistes, qui perdent leurs terres de conquête de 2020 à Bordeaux, Strasbourg et Annecy.
Dans ce tableau général, deux lignes divergentes se cristallisent. Celle des radicaux, qui imputent leur défaite aux escarmouches anti-LFI d’entre les deux tours. « Les gauches irréconciliables ont obtenu leurs victoires, mais c’est la gauche qui perd », accuse, meurtrie, Marine Tondelier. Tandis que François Ruffin renchérit : « Déconne pas, la gauche. Ils font n’importe quoi. Si la gauche veut battre le RN, il lui faut une candidature commune à la présidentielle ».
En face, et à l’opposé, Jérôme Guedj, lui aussi candidat à la présidentielle, défend la ligne adverse. « Oui, la gauche déconne. Ce qui est sanctionné, ce sont des accords qui n’ont pas de sens entre le Parti socialiste et La France insoumise. Mettons-nous autour de la table et parlons de nos valeurs ».
Tôt dans la soirée, Manuel Bompard, fort de la victoire de LFI à Saint-Denis, Roubaix, Le Tampon, Creil, avait le premier donné le ton : « Ce qu’il vient de se passer ce soir est décisif, les partis traditionnels marquent le pas », avait-il estimé, lançant un appel au peuple de France : « l’année prochaine, la Nouvelle France peut battre l’extrême droite » !
Sa façon de refuser de reconnaître que l’alliance entre le PS et LFI ne fonctionne pas. Ce que persistent également à nier François Ruffin et Marine Tondelier, qui veulent encore tout concilier.
Les municipales terminées, la présidentielle a démarré. Et comme ce n’est pas dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, voici venu, pour la gauche, le temps de se réinventer.



