Nikki Haley, la dernière outsider

par Emmanuel Tugny |  publié le 30/01/2024

Immigrée d’origine indienne, conservatrice classique, universitaire, amie des milieux d’affaires, impassible et peu gaffeuse, partisane de l’OTAN,… face à Trump l’extrémiste, elle ne déplait pas aux milieux d’affaires

: Nikki Haley organise un rassemblement à North Charleston en vue de la primaire de l'État, à Charleston, Caroline du Sud, États-Unis, le 24 janvier 2024 - Photo Peter Zay / Anadolu

Trump a remporté la primaire du New Hampshire au cours de laquelle se sont exprimés, côté républicain, encartés et indépendants, majoritaires dans le petit État du Nord-est. Neuf points le séparent de Nikki Haley ; il compte désormais 32 délégués contre 17.

Côté démocrate, Joe Biden, qui ne se présentait pas dans l’État pour des raisons de calendrier (il n’a pas obtenu du Parti l’inversion des dates des primaires du New Hampshire et de Caroline du Sud ou de Géorgie), y a néanmoins battu ses deux fantomatiques rivaux, l’écrivain de gare Marianne Williamson et le congressman du Minnesota Dean Phillips, grâce à la pratique du « write-in » ( Surcharge manuscrite licite d’un bulletin qui permet de voter lors de primaires pour un candidat qui n’est pas en lice). Les deux hommes se retrouveront-ils pour autant en novembre ? Voire…

En Iowa, Haley avait 32 points de retard sur Trump. Il est trop tôt pour dire qui bénéficiera dans la durée du retrait du très droitier DeSantis, car le New Hampshire, bien moins religieux (dernier état américain sur ce plan), plus diplômé (39 % d’électeurs postbac), plus indépendant, plus centriste que l’Iowa, est atypique au plan national et favorise les candidats modérés.

Aigreur

Il semble que la décision de DeSantis n’ait pas bénéficié à Trump, ce mardi. Le grand blond a d’ailleurs fait savoir son aigreur à la suite du vote et pris pour cible, avec sa grâce coutumière, son ancienne ambassadrice à l’ONU, « cervelle de serin », signalant par-là la crainte qu’il en a.

En effet, Haley, 52 ans, qui promouvait en février 2023 l’idée d’un test de compétence mentale pour les politiciens de plus de 75 ans, universitaire, amie des milieux d’affaires, moins furieuse en matière sociétale que son rival, impassible et peu gaffeuse, interventionniste sur le plan international, notamment sur les dossiers proche-oriental et ukrainien, otanienne avérée, immigrée d’origine indienne, n’a pas tout pour déplaire aux électeurs des deux gérontes.

Côté GOP, les résultats de mardi prouvent qu’elle se range à peu de distance de Trump chez un électorat diplômé et laïque qui, pour être conservateur, n’en craint pas moins l’instabilité de Trump, les échéances judiciaires qui l’attendent, et cet âge qui, quoi qu’il en ait, ne le distingue guère de Biden, son aîné de… quatre ans…

S’ajoutent à ces électeurs tempérants ceux qui, représentants des milieux financiers et industriels, redoutent les conséquences pour l’économie américaine d’un isolationnisme dont le feed-back ne serait pas maîtrisable et ceux qui n’ont pas renoncé au rôle international des USA, jadis promu par les « faucons » néoconservateurs à la Brzezinski.

Côtés indépendant et démocrate, l’emprise wokiste croissante sur le parti de l’âne, l’âge du capitaine, la relative compatibilité des visions internationales de Biden et de Haley, la modération économique des deux candidats pourraient sans conteste conduire certaines voix à se reporter sur la Républicaine…

En somme, l’agacement de Trump et la hâte rouée de Biden à le déclarer vainqueur semblent attester que quelque chose bouge, dans cette zone politique américaine centrale, mitoyenne, que nombre de présidents ont incarnée. Quelque chose dont il n’est pas exclu de penser que l’élue de Caroline du Sud puisse, surtout en cas d’imprévu judiciaire ou médical, bénéficier.